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Politique monétaire : quelle efficacité ? 12/04/2017

Il est assez consensuel de conclure à l’efficacité des politiques monétaires. Reste que les banquiers centraux ne sont ni omnipotents, ni infaillibles.

TRANSCRIPT // Politique monétaire : quelle efficacité ? : avril 2017

François Doux : Pour terminer, la question qui se pose est celle de l’efficacité de cette politique monétaire ? Aux Etats-Unis, la Fed fait-elle plutôt bien ou mal son travail ?

 

Alexandra Estiot : Ça marche très bien. Le principal problème pour la politique monétaire, ce qui vaut pour la Fed, mais aussi pour les autres banques centrales, est le décalage temporel. Les décisions sont prises aujourd’hui sur la base de données qui illustrent la situation qui prévalait hier, des décisions qui n’auront d’effet que demain. Parfois, et c’est arrivé assez souvent malheureusement, la Fed peut procéder à la hausse de taux de trop, celle qui va ralentir l’économie voire la plonger dans la récession. La Fed sera particulièrement prudente pour une raison très simple : je vous parlais de la faiblesse des taux neutres, mais il y a aussi la faiblesse des taux effectifs. Cette faiblesse fait que si jamais l’économie avait besoin d’un soutien de la part de la politique monétaire, la Fed n’est pas vraiment à même de le fournir. Il lui faut vraiment aller doucement, graduellement et surtout ne pas faire de mal.

 

François Doux : Du côté de la Banque centrale européenne, est-ce que cette politique monétaire marche?

 

Thibault Mercier : C’est assez compliqué : premièrement, il faut être patient. La politique monétaire agit avec retard sur l’économie et l’inflation est un processus assez inerte. Il y a des éléments volatils, on l’a vu, mais la banque centrale ne les prend pas vraiment en compte. La dynamique des prix, fondamentalement, est assez inerte. Donc il faut être patient. Comment on mesure l’efficacité ? On pourrait se demander ce qui se serait passé si la banque centrale n’avait pas mené une telle politique. Les choses seraient probablement allées moins bien. Il faut noter qu’aujourd’hui la reprise dans la zone euro est plutôt bien ancrée ; elle se renforce même. Et cela va dans le sens d’une normalisation de l’inflation. Donc pour l’instant, je dirais que l’action de la banque centrale est efficace, mais qu’il faut être patient et si nous voulons que cela aille plus vite, d’autres politiques doivent prendre le relais, notamment la politique budgétaire.  

 

François Doux : Pour terminer sur la Chine, est-ce que cette politique monétaire est efficace ?

 

Christine Peltier : Est-ce que la croissance a été stabilisée? Oui, depuis le deuxième trimestre 2016, la croissance s’est stabilisée à 6,7/6,8%. Cependant, l’efficacité de la politique monétaire est fortement dégradée par rapport à il y a quelques années, c’est-à-dire que le supplément de dette nécessaire pour générer un point de PIB s’est fortement accru.

Et les risques de crédit en Chine continuent d’augmenter. Le ratio de dette sur PIB a encore augmenté en 2016. Cette augmentation est notamment tirée par les crédits offerts par des institutions du « shadow banking ». Et donc sur ce plan-là, on peut dire que la banque centrale a encore un problème à régler.

Depuis quelques temps, elle complète ses actions de politique monétaire par des mesures macro-prudentielles, qui doivent permettre aux autorités et aux institutions financières de mieux gérer les risques. Nous pouvons donc espérer que la qualité des nouveaux crédits pourra s’améliorer si, évidemment, la banque centrale persiste dans cette voie.

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