eco TV
Synchronisation de la reprise mondiale et européenne: facteurs communs ou coïncidence? 09/05/2017

Depuis l'été 2016 la conjoncture mondiale s'est nettement améliorée. Ce mouvement, qui est général dans les pays avancés et qui se manifeste également dans beaucoup de pays émergents, est porté par un ensemble de facteurs (monétaire, pétrole, Chine, etc). La synchronisation est également très nette en zone euro grâce entre autres à la politique de la BCE, la reprise du commerce international, un euro compétitif. La convergence du momentum cyclique cache toutefois des différences en termes de taux de croissance et surtout au niveau des caractéristiques structurelles comme les finances publiques et le chômage.

TRANSCRIPT // Synchronisation de la reprise mondiale et européenne: facteurs communs ou coïncidence? : mai 2017

François Doux : En 2016, on parlait d’une reprise « fragile et irrégulière ». Aujourd’hui, on parle d’une reprise « solide et large ». La citation n’est pas de moi, mais du président de la BCE, Mario Draghi. Il ajoute : « c’est vrai que la croissance va mieux, les choses s’améliorent ». Il a dit cela le 27 avril 2017. William de Vijlder, bonjour.

William de Vijlder : Bonjour

François Doux : Ca va mieux donc au niveau de la croissance dans la zone euro. Est-ce que ce mouvement est généralisé à l’ensemble des pays développés ?

William de Vijlder : Effectivement, ce mouvement est général. Le graphique ici montre l’indice des directeurs d’achats du secteur manufacturier. À gauche de l’écran, on voit les pays avancés. À droite, les pays émergents. Et on voit bien vers le bas du tableau, qui donne les données les plus récentes, beaucoup de rouge. C’est une carte thermique. Ce rouge veut dire qu’une très bonne conjoncture se dessine dans le pays en question. Donc on le voit, il y a eu un phénomène de propagation évident depuis l’été 2016.

François Doux : Y a-t-il des facteurs communs ou est-ce une coïncidence de voir ces pays « se réchauffer » ensemble ?

William de Vijlder : on serait tentés de dire que le facteur commun par excellence est le niveau bas des taux d’intérêt. Et c’est vrai que la politique monétaire reste très expansionniste du côté américain, malgré un resserrement, certainement, du côté européen et japonais.

Mais l’environnement monétaire est un socle très solide sur lequel on peut construire. Donc d’autres éléments expliquent cette accélération de la croissance à partir de l’été 2016, et ils sont multiples. On voit par exemple l’effet évident de la remontée des prix du pétrole pour les pays qui exportent.
On voit l’effet d’entraînement de la Chine, au niveau des exportations, avec une influence sur le prix des matières premières industrielles. L’ « effet Trump » a joué. Il a clairement été favorable en termes d’appétit des marchés financiers, et a eu des conséquences favorables pour la sphère réelle.

Il y a donc une multitude de facteurs en jeu.

François Doux : Revenons à la zone euro William De Vijlder, si vous le voulez bien. Le socle monétaire, de fait, est le même pour tout le monde. D’où vient la synchronisation de ce vent favorable sur la croissance ?

William de Vijlder : Tout d’abord, pour illustrer encore l’image européenne, à gauche vous avez l’indice PMI pour le secteur manufacturier, et à droite celui des services. Là encore, il y a surtout du rouge sauf en Grèce, sans surprise. Avec ici encore cette idée de synchronisation. C’est vrai que l’environnement monétaire s’applique à tout le monde. Mais ce qui est très important dans la réussite de la politique de la BCE, c’est cette idée de « défragmentation ».
Cela veut dire qu’il existe une grande convergence des conditions de financement pour les entreprises en zone euro. Cela a été un facteur très important de la relance de l’activité dans certains pays - Espagne, Portugal, Italie, etc. - qui ont souffert lors de la crise de la dette souveraine.

François Doux : Mais, William, cette convergence justement, c’est un mot-clé. C’était un objectif de la zone euro. On y est ou il reste encore du chemin à parcourir ?

William de Vijlder : Je pense qu’il convient d’être très nuancé. Effectivement, il existe une grande convergence en termes de dynamisme cyclique, et certainement au niveau des enquêtes. En revanche, lorsqu’on regarde les chiffres de croissance, clairement des différences restent plutôt significatives. L’Allemagne, par exemple, par rapport à l’Italie ou encore l’Espagne par rapport à l’Italie.

Autre facteur très important : au niveau des caractéristiques structurelles, la divergence reste très importante. Il suffit de penser à la situation des finances publiques et, surtout, à la situation sur le marché de l’emploi avec des taux de chômage très différenciés selon les pays.

François Doux: On est quand même sur la bonne voie…

William de Vijlder : On est sur la bonne voie effectivement. Gardons le moral !

François Doux : Merci William De Vijlder.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

2018, l’année de la confiance vigilante 09/01/2018
Après la surprise favorable de 2017, la conjoncture devrait continuer sur sa lancée en 2018 avec une croissance en accélération et qui s’auto-alimente. La vigilance est toutefois de mise, eu égard aux valorisations de certains marchés financiers qui les rendent particulièrement sensibles à des surprises, notamment d’inflation.
Croissance : 2018, confort et défi d'une normalisation 22/12/2017
La croissance a créé la surprise en 2017. Une reprise mondiale auto-entretenue et un environnement monétaire accommodant devraient contribuer à son accélération. De nouvelles mesures de normalisation de la politique monétaire sont à prévoir aux États-Unis et dans la zone euro. On peut s’en féliciter mais elles constituent également un défi pour des marchés financiers habitués à des taux bas.
Climat : peu d’avancées à la COP23 19/12/2017
Les résultats de la COP23 à Bonn ont été décevants : aucune décision ferme n’a été prise concernant la procédure visant à rehausser les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre et à préciser les conditions du financement climat destiné aux pays en développement. L’investissement dans les technologies bas carbone, qui se traduit par une baisse de la part des combustibles fossiles, est essentiel à la diminution de la teneur en carbone de l’énergie. Conscientes des conséquences possibles du réchauffement climatique, des institutions financières se détournent des combustibles fossiles pour investir dans les sources d’énergie renouvelable.
La crypto-monnaie, une valeur de réserve ? 08/12/2017
La récente hausse fulgurante du cours du Bitcoin a fait la une des médias. Tout en assurant les trois fonctions de la monnaie, on peut douter qu’il s’agisse d’une bonne réserve de valeur étant donnée la perspective de grandes fluctuations de sa valeur par rapport à celle du panier du consommateur.
"Output floor" : à la veille d'un (mauvais) accord ? 06/12/2017
Le 7 décembre, le Groupe des gouverneurs de banque centrale et des responsables du contrôle bancaire (GHOS) pourrait annoncer la finalisation des accords bâlois de régulation bancaire, ajournée depuis un an. Le compromis atteint verrait l’instauration d’un plancher de fonds propres. Les risques pondérés (AMP) calculés à l’aide des modèles internes des banques ne pourront alors plus être inférieurs à une proportion (probablement 72,5%) des AMP qui découlent de l’approche standard. Ce floor unique se heurte à deux écueils. D’abord, les méthodes de calcul des floors, proposées par le Comité de Bâle ou appliquées de part et d’autre de l’Atlantique, varient. Ainsi, aux Etats-Unis, le plancher à 100% imposé par le Collins Amendment s’applique à une base de calcul restreinte, qui n’englobe pas le risque opérationnel notamment. Il en résulte que l’exigence de floor américaine est moins contraignante qu’il n’y paraît (en moyenne, le rapport des AMP avancés aux AMP standards s’établit à 75% après correction). Le maintien d’une définition américaine propre du floor et, par ailleurs, l’éventuel rejet, unilatéral, du nouveau cadre spécifique au trading book (FRTB) par les Etats-Unis iraient à l’encontre de l’harmonisation voulue par le Comité de Bâle. Le second écueil tient à la place relative des banques dans l’intermédiation du crédit et aux différences en matière d’intensité du risque des portefeuilles bancaires. Les modèles internes d’évaluation des risques ne sont certes pas exempts d’imperfections et leur examen, par les superviseurs, demeure indispensable. Néanmoins, la norme de levier bâloise joue déjà le rôle de filet de sécurité que l’on souhaiterait confier au floor ; avec le même inconvénient, celui de pénaliser davantage les « bons » risques plutôt que les « mauvais ».
Perspectives 2018 : plus de croissance, plus de risques… 01/12/2017
L'OCDE (l'Organisation pour la Coopération et le Développement Economiques) vient d’actualiser ses prévisions de croissance mondiale. Si l’embellie se confirme, elle est inégale et recouvre un certain nombre de risques.
L'Aléna dans tous ses états 30/11/2017
Donald Trump a donné le coup d’envoi à la renégociation de l’Aléna en mai 2017. Les propositions qui visent à inclure un chapitre sur l’économie numérique et à conforter les dispositifs actuels de l’accord trouvent un écho plutôt favorable, vingt-trois ans après l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange nord-américain. D’autres, comme le durcissement des règles d’origine et la modification des recours commerciaux, suscitent l’inquiétude.
D’une absence de volatilité vers une volatilité excessive 17/11/2017
Après une longue période de volatilité anormalement basse, les marchés semblent être maintenant dans un mode d’extrême volatilité en comparaison des données économiques. Les préoccupations sur l’avenir ont pu augmenter, mais les perspectives de croissance et de politique monétaire devraient être des facteurs de soutien.
Le comportement des marchés: facteur d’attention des économistes 13/11/2017
La bonne tenue des marchés financiers, dont la succession de records à Wall Street n’est qu’une illustration parmi d’autres, retient de plus en plus l’attention des économistes. Facteur de soutien indéniable à la croissance, elle pose aussi la question de la sensibilité à un changement des perspectives monétaires et économiques.
Accélération et normalisation 18/10/2017
La croissance économique accélère dans différents endroits du monde (Europe, Amérique, Asie...), un regain d’activité qui profite au commerce international et aux marchés financiers. La reprise n’en est plus au stade des balbutiements, y compris en zone euro, où elle se renforce avec la consommation et le crédit. Les pressions inflationnistes restent toutefois contenues, sauf, dans une certaine mesure, en Allemagne. Dans ce contexte, la normalisation des politiques monétaires - celle de la Réserve fédérale américaine, qui réduit la taille de son bilan, et celle de la Banque centrale européenne, qui en limite l’accroissement - est prudente. La pression haussière exercée sur les rendements obligataires devrait être limitée.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1697 articles et 443 vidéos