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Répit à court terme, défis à moyen terme 09/05/2017

Les marchés ont acheté le “oui” au referendum, synonyme de continuité politique, au moins à court terme. La croissance du PIB devrait demeurer relativement satisfaisante à environ 2,5% en 2017. Mais le modèle de croissance a besoin d’être régénéré et l’adoption de réformes structurelles est nécessaire.

TRANSCRIPT // Répit à court terme, défis à moyen terme : mai 2017

François Doux : Trois questions sur la Turquie, quelques semaines après la courte victoire du président Erdogan après le référendum. Sylvain Bellefontaine, bonjour.

Sylvain Bellefontaine : Bonjour

François Doux : Cette victoire a été accueillie favorablement par les marchés financiers. Quelle est votre analyse d’économiste ?

Sylvain Bellefontaine : Oui, la bourse a pris 4 % depuis le référendum. La livre turque s’est aussi appréciée de 4 % par rapport au dollar. Et la prime de risque sur les CDS, qui est une expression du risque politique, s’est améliorée : les CDS ont baissé de 20 points de base. Cela prouve que les marchés l’ont, jusqu’à présent, plutôt accueillie favorablement considérant que c’était un gage de stabilité politique à court ou moyen terme.

François Doux : D’un autre côté, on a vu un résultat serré…

Sylvain Bellefontaine : Un résultat très serré qui prouve, encore une fois, la division de la population turque sur les questions sociétales et politiques. On peut donc être un peu inquiet, mais globalement on n’attend pas de soubresauts, de mouvements sociaux très importants dans les prochains mois en Turquie.

François Doux : Deuxième question, quelles sont les perspectives de la croissance économique en Turquie à court terme ?

Sylvain Bellefontaine : Pour cette année, nous prévoyons toujours 2,5 % de croissance en moyenne, ce qui n’est pas mal pour la Turquie. Même si c’est un peu en dessous du potentiel et de la performance des années passées, cela reste quand même plutôt favorable.
Mais, on voit quand même un essoufflement du modèle économique, clairement. On a vu la forte baisse des recettes touristiques l’an passé. Le modèle économique est aussi basé sur la construction et la consommation qui est peut être amenée à être revue dans les prochaines années.

François Doux : Les relations avec l’Europe aussi…

Sylvain Bellefontaine : Oui, les relations avec l’Europe sont très importantes pour la Turquie puisque c’est le principal partenaire commercial et pourvoyeur de capitaux pour la Turquie. Il faudrait vraiment que la relation entre l’Europe et la Turquie reste la plus solide possible dans les prochains mois, et les prochaines années.

François Doux : Troisième et dernière question. La croissance potentielle en Turquie, c’est le principal défi maintenant du pays ?

Sylvain Bellefontaine : Oui, pour rehausser le potentiel de croissance et les perspectives de développement du pays, il faut que le gouvernement s’engage dans des réformes structurelles qui ont été mises un peu sous l’éteignoir depuis 2013 notamment. On attend donc que l’agenda de réformes se mette en place. Il est connu et soutenu par le vice-premier ministre Simsek. On attend vraiment qu’il se mette en place, maintenant que le cycle politique long est terminé. Des réformes pour rehausser la productivité, le niveau d’éducation, de formation mais aussi un cadre légal plus intéressant pour développer l’épargne longue, qui pêche en Turquie et qui explique pourquoi le pays est très dépendant des flux de capitaux étrangers.

François Doux : Merci Sylvain Bellefontaine pour ce point sur la Turquie.

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