eco TV
France : ça va mieux, et en même temps... 10/07/2017

Les signes de redressement de l'économie française, que ce soit en termes de croissance, de compétitivité, de finances publiques ou de marché du travail, abondent mais l'amélioration reste, dans tous les cas, d'ampleur limitée.

TRANSCRIPT // France : ça va mieux, et en même temps... : juillet 2017

François Doux : A l’aube de ce second semestre 2017, nous faisons un point sur l’économie française.

Hélène Baudchon, bonjour. 

Hélène Baudchon : Bonjour

François Doux : Il y a un peu plus d’un an, le président d’alors, François Hollande, disait que l’économie française allait mieux. Aujourd’hui, est-ce vrai ? Est-ce que cela se concrétise, et à quel point ?

Hélène Baudchon : En avril 2016, l’économie française donnait des signes d’amélioration, mais timides et peu nombreux, d’où l’accueil sceptique, dubitatif réservé au jugement de François Hollande. Aujourd’hui, la réalité de l’amélioration ne fait plus aucun doute. Regardons d’abord les performances en termes de croissance. Celle-ci a bien résisté au choc de la crise financière de 2008 et à la crise des dettes souveraines européennes en 2011/2012. La croissance est de retour depuis 2013 mais ce que l’on retient surtout, c’est son manque de vigueur : tout juste 1 % par an en moyenne de 2013 à 2016. 

François Doux : Hélène, n’y a-t-il pas de signes encore plus visibles de ce redressement, notamment au niveau de la compétitivité ?

Hélène Baudchon : Si, en effet. D’une part, les entreprises ont bénéficié d’allégements de charges importants au travers du crédit impôt pour la compétitivité et l’emploi et du pacte de responsabilité. Leur taux de marge s’est nettement redressé, la progression des coûts salariaux unitaires nettement ralentie et les parts de marché ont quasiment cessé de baisser. Mais le chemin est encore long avant de regagner des parts de marché si tant est que cela soit possible. Le déficit commercial reste élevé, il n’y a pas non plus de signe visible d’amélioration du côté de la compétitivité hors coût et les gains de productivité sont proches de zéro.

François Doux : On a parlé de la compétitivité, cela va un petit peu mieux quand même. Qu’en est-il des comptes publics ?

Hélène Baudchon : Là encore, des progrès ont été accomplis. Mais d’importants déséquilibres persistent. Le déficit budgétaire s’est effectivement nettement réduit mais, à 3,4 % du PIB en 2016, il demeure à un niveau élevé. Le ramener sous la barre des 3 % en 2017 et le maintenir sous ce seuil ensuite est un engagement difficile à tenir. Le poids des dépenses publiques dans le PIB et des impôts est à peine moins élevé, la baisse obtenue en 2015 et 2016 étant minime et surtout le ratio de dette publique n’a pas encore commencé à baisser. Il ne fait qu’augmenter plus lentement. Donc, dans ce contexte, le budget 2018 qui va être négocié cet automne s’annonce particulièrement compliqué, parce qu’il va falloir concilier les mesures envisagées de soutien de la croissance et les mesures de consolidation budgétaire.

François Doux : J’ose une dernière question, Hélène Baudchon, sur la réforme emblématique du président Hollande, la réduction du chômage structurel. Où en est-on ?

Hélène Baudchon : C’est sur le front du marché du travail que les progrès sont les moins satisfaisants. C’est vrai qu’une amélioration se dessine depuis 2015, avec la reprise soutenue de l’emploi et une baisse du taux de chômage. Celui-ci est même repassé sous la barre symbolique des 10 % au 1er trimestre 2017, mais il est seulement moins élevé. Et la baisse du nombre des demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi est encore plus timide. Malgré les réformes engagées et les remèdes éprouvés, on n’a pas encore de signe d’une amélioration en profondeur du fonctionnement du marché du travail à même de venir à bout du chômage de masse. L’enjeu est de taille, c’est pourquoi le traitement de ce dossier est déjà entre les mains du nouveau gouvernement.

François Doux : Nous verrons toutes ces réformes dès la rentrée. Merci Hélène Baudchon.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

France : quels effets du CICE - nouveau bilan 20/10/2017
Début octobre, le Comité de suivi du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi a rendu son 5ème rapport, évaluant les effets du CICE jusqu’en 2015. Passage en revue des principales conclusions.
Budget et croissance : liaisons compliquées 18/10/2017
Le bilan des indicateurs conjoncturels publiés ces derniers mois est globalement positif (poursuite de l’amélioration du climat des affaires, dynamisme de l’emploi, nouvelle baisse du taux de chômage) et confirme la solidité de la reprise. Les perspectives de croissance à court terme, comme celles à l’horizon 2018, sont à l’avenant malgré quelques écueils sur le chemin, comme la forte réduction annoncée du nombre des contrats aidés et, plus globalement, les mesures de rigueur prévues dans le budget 2018. Mais de nombreuses mesures de soutien à la croissance leur font aussi face, avec un effet net global que l’on estime neutre. Nous maintenons donc inchangées, à 1,7% en moyenne annuelle, nos prévisions de croissance pour 2017 et 2018.
France : une conjoncture un peu moins positive 13/10/2017
Les indicateurs économiques français publiés ces dernières semaines ont quasiment tous surpris défavorablement les attentes (Z-score négatif sur l’axe des abscisses), à l’exception notable de la croissance au T2 (correctement prévue à 0,5% t/t) et de l’indice composite PMI (meilleur qu’attendu). A ce constat négatif s’ajoute la bascule de la consommation des ménages et de la production industrielle en-deçà de leur moyenne de long terme (Z-score légèrement négatif sur l’axe des ordonnées). Le bilan conjoncturel est malgré tout positif, même s’il l’est un peu moins que dans les baromètres précédents, étant donné la position toujours favorable des enquêtes de confiance et la solidité de la croissance.
Moins de déficit, moins d'impôts, moins de dépenses 09/10/2017
Le gouvernement cible un déficit budgétaire de 2,6% du PIB en 2018, après 2,9% en 2017. Ce retour très probable sous le seuil des 3% signifie une sortie de la France de la procédure européenne de déficit excessif. L’objectif de déficit pour 2018 est un mélange de réalisme et d’optimisme. L’hypothèse sous-jacente de croissance de 1,7% est jugée « raisonnable » par le Haut Conseil des finances publiques (HCFP). Mais les économies budgétaires prévues pour réduire le déficit et financer les baisses d’impôts sont ambitieuses. L’ampleur limitée de l’ajustement structurel est plutôt une bonne nouvelle pour la croissance mais le HCFP pointe du doigt sa non-conformité aux recommandations européennes. Le gouvernement a aussi dévoilé la trajectoire budgétaire 2018-2022. Les projections sont optimistes : à cet horizon, le déficit devrait avoir diminué de près de 3 points par rapport à 2018, la part des dépenses publiques dans le PIB d’environ 4 points, le taux de prélèvements obligatoires de 1 point et le ratio de dette d’un peu plus de 5 points. Ce budget 2018 (projet de loi de finances, projet de loi de financement de la sécurité sociale et projet de loi de programmation des finances publiques) combine mesures de consolidation budgétaire et de soutien à la croissance. La logique dominante est celle d’un effet d’entraînement des mesures de redressement de l’offre sur la demande. Un effet net positif sur la croissance est possible mais incertain.
France : qu'attendre de la réforme du code du travail ? 18/09/2017
Depuis la seconde moitié des années 1980, le taux de chômage français n’est jamais durablement descendu en deçà de 8%. C’est sur ce constat, davantage que sur celui de la progression du chômage durant la crise, qu’entend se fonder la réforme du code du travail. Les effets devraient être positifs à moyen terme. A court terme, la question est plus délicate : la littérature indique que le point de départ importe lorsqu’il s’agit d’évaluer les effets à court terme des réformes structurelles.
France : la croissance sur un bon rythme 15/09/2017
Depuis la fin 2016, la croissance française est sur un bon rythme. Nous nous interrogeons sur son potentiel d’accélération.
La conjoncture reste bien orientée 08/09/2017
Les indicateurs économiques français publiés au cours des dernières semaines ont été plutôt en ligne avec les attentes tout en restant dans une bonne dynamique conjoncturelle.
Croissance au rendez-vous 28/07/2017
Au deuxième trimestre 2017, la croissance française a été de 0,5% en rythme trimestriel, une évolution en ligne avec nos attentes et qui installe la reprise sur un bon rythme. La décomposition de la croissance consolide le chiffre global : contribution de la demande intérieure finale de +0,4 point, augmentée de celle de +0,8 point du commerce extérieur et diminuée de celle de -0,6 point des variations de stocks. La croissance a été tirée vers le haut par le rebond (limité) de la consommation des ménages et celui (très marqué) des exportations ainsi que par le dynamisme non démenti de l’investissement en logements. L’investissement des entreprises a, en revanche, fortement ralenti, un contrecoup dû à l’expiration de la mesure de suramortissement. Au regard de la nouvelle amélioration des enquêtes de l’INSEE, sur le climat des affaires en juillet, les perspectives immédiates de croissance restent bonnes. A la faveur des chiffres publiés ce jour, notre prévision de croissance pour 2017 est rehaussée de 1,6% à 1,7% en moyenne annuelle. Elle se maintiendrait à ce rythme en 2018. La question de l’effet net sur la croissance des mesures fiscales et budgétaires défendues par le nouvel exécutif (négatif ou positif) reste à trancher.
Sur la voie du redressement 25/07/2017
De retour depuis 2013, la croissance reste limitée à 1%. Ce manque de vigueur, pour partie conjoncturel, a aussi des racines structurelles, telles que la faiblesse du taux d’activité et des gains de productivité. Mais leurs marges de progression laissent entrevoir des réserves importantes de croissance facilement mobilisables, pourvu que les bonnes réformes soient mises en œuvre. La faiblesse de la croissance est aussi liée à celle de la compétitivité dont le redressement est en bonne voie, notamment au travers de la remontée du taux de marge des entreprises. Mais des problèmes persistent, dont le coût élevé des intrants non salariaux et une compétitivité hors-prix insatisfaisante. La formation, l’innovation, la mobilité sont des leviers efficaces sur lesquels le nouveau gouvernement compte mettre l’accent, en plus de la poursuite de la politique d’allègement du coût du travail, en particulier, et de la fiscalité, en général.
Plus de croissance, guère plus d’inflation 06/07/2017
La croissance française accélère franchement. En 2017, elle devrait atteindre 1,6% en moyenne annuelle (après 1,1% en 2016), un chiffre révisé en hausse à la faveur d’un bon effet d’acquis et d’une dynamique conjoncturelle solide : nette amélioration des enquêtes de confiance, progression soutenue de l’emploi, taux de chômage en baisse, vigueur du marché immobilier. Les conditions monétaires et financières restent favorables. La croissance mondiale se raffermit. Les exportations et l’investissement s’annoncent comme les moteurs de la croissance en 2017 tandis que la consommation des ménages serait en retrait, ralentie par la remontée de l’inflation. Celle-ci reste néanmoins basse, contenue notamment par les surcapacités encore importantes dans l’économie.  

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1629 articles et 420 vidéos