eco TV
Confiance des banques centrales, inconfort des investisseurs 10/07/2017

Les principales banques centrales deviennent plus confiantes quant aux perspectives d'inflation. La perspective de normalisation de la politique monétaire qui en découle crée un inconfort pour les investisseurs. Eu égard aux taux d'intérêt toujours très bas, cette nervosité risque de perdurer.

TRANSCRIPT // Confiance des banques centrales, inconfort des investisseurs : juillet 2017

François Doux : Sur le front de la politique monétaire, le second semestre de cette année promet d’être encore plus passionnant. William De Vijlder, bonjour.

William De Vijlder : Bonjour

François Doux : William, dès le mois de juin, quatre des cinq banques centrales ont durci le ton. Que se passe-t-il ?

William De Vijlder : Ce qui frappe, c’est que le niveau de confiance des banques centrales augmente. On l’a vu du côté des États-Unis, où Janet Yellen a remonté les taux d’intérêt avec ses collègues même si, depuis trois mois, l’inflation est plutôt orientée à la baisse. Donc elle estime que c’est un phénomène temporaire. Du côté de la Banque centrale européenne, le discours de Mario Draghi, à Sintra, était le suivant : « Avec la croissance que l’on connaît, normalement cela devrait donner lieu à une dynamique plus favorable de l’inflation ». Donc, davantage de confiance se dessine dans leurs propos.

François Doux : Plus de confiance, cela veut dire que l’on doit s’attendre dans certains Etats à des relèvements de taux. Je pense au Canada, pourquoi pas même au Royaume-Uni ? Quelles sont vos grandes prévisions sur le second semestre ?

William De Vijlder : Tous les regards bien évidemment sont tournés vers les États-Unis parce que, même si tout porte à croire qu’il y aura plusieurs relèvements d’ici fin 2018, la réduction de la taille du bilan de la Fed devrait également intervenir avant la fin de l’année. La grande question est que même si cela devrait se passer de manière très fluide car le processus a été largement signalé aux marchés, on verra ce qui se passera en réalité. D’où la nervosité des opérateurs. Et du côté de la Banque centrale européenne, tout le monde s’attend à une annonce. D’ailleurs, une annonce sera nécessaire à la rentrée pour savoir ce que la banque centrale va faire avec son programme de quantitative easing. Et cette annonce-là trouvera son origine dans son sentiment par rapport à la dynamique de croissance, là on peut être serein, et surtout la dynamique d’inflation.

François Doux : Au final, William De Vijlder, ce changement de ton crée-t-il un soulagement ou une anxiété sur les marchés ?

William De Vijlder : Ceux qui sont focalisés sur la sphère réelle, les ménages, les grandes entreprises mais également les investisseurs actions, doivent être soulagés parce que, finalement, le message des banques centrales est le suivant : « Notre politique a porté ses fruits, nous sommes satisfaits ». En revanche, les investisseurs du côté obligataire doivent être extrêmement nerveux. Il est fascinant de constater ce niveau de nervosité qui rappelle un peu l’expérience faite aux États-Unis en 2013 lorsque Bernanke a commencé à parler d’un tapering. C’est comme si on changeait de direction, que l’on prenait une autre autoroute. On pense que l’on va réduire la taille du bilan de la Fed, faire du tapering du côté BCE. Cela veut dire que l’on s’achemine maintenant dans la durée vers des taux plus élevés, avec des taux anormalement bas toujours en Europe certainement. Cela veut dire aussi que les taux ne peuvent que monter.

François Doux : Quels indicateurs économiques, quel signal va-t-on suivre cet été, William, pour voir où vont l’économie et les marchés, sachant que jusqu’à présent c’était beaucoup la politique, les élections ? Maintenant qu’est-ce qui nous reste ?

William De Vijlder : Effectivement, la politique a été remplacée par la politique économique. On le voit en Europe, on le voit en France. Bien évidemment du côté américain aussi, avec des échéances budgétaires très importantes. Mais le facteur dominant, à mon avis, restera quand même l’environnement monétaire. Donc les investisseurs vont regarder vraiment de très près quelle est la dynamique de croissance et la dynamique d’inflation afin de déceler si des facteurs pourraient encore arrêter cette dynamique et ce qui aura été mis en avant dans les propos récents des banques centrales.

François Doux : William De Vijlder, merci. On se retrouve à la rentrée pour la suite de ces événements.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

Les ressorts de la contagion internationale 08/06/2018
Les fortes corrélations entre marchés internationaux pourraient être le résultat de chocs mondiaux, de fluctuations de l’aversion au risque ou d’un effet de contagion. Un large éventail de facteurs peut expliquer cet effet de contagion. Il est important de déterminer la nature de la contagion pour en évaluer les conséquences économiques.
Économie mondiale : les nuages s'amoncellent 07/06/2018
La combinaison de taux d'intérêt réels bas, créations d'emplois, hausse des bénéfices des entreprises et augmentation des échanges internationaux devrait permettre à la croissance économique mondiale de rester soutenue. Toutefois, les nuages font leur apparition : les indicateurs de confiance régressent en Europe, au Japon et dans les marchés émergents ; ce qui n'était jusqu'alors qu'une menace protectionniste est devenu réalité ; en Italie, l'incertitude politique a provoqué des turbulences sur les marchés et des questions concernant les choix économiques du nouveau gouvernement restent en suspens. Ensemble, ces vents contraires pourraient freiner la croissance mondiale.
Montée des incertitudes et du risque de "mauvaise inflation" 11/05/2018
La réaction des marchés au retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien a été modérée. Malgré la montée de l’incertitude, la fuite vers les valeurs refuges n’a pas eu lieu et le cours du pétrole comme le rendement des Treasuries ont augmenté. Si les prix du pétrole continuaient leur ascension, la croissance mondiale finirait par en souffrir.
Du risque de retarder les mesures en faveur du climat 04/04/2018
Les participants à la COP21 de Paris se sont mis d’accord pour limiter le réchauffement climatique à 2°C. Ce devrait être le cas à condition que la concentration de carbone reste inférieure à 450 parties par million (ppm). Cependant, plusieurs simulations à partir de modèles climatiques montrent que, même à ce niveau de CO2, le risque de dépasser les 2°C n’est pas négligeable. D’un point de vue économique, il convient de prendre rapidement des mesures pour réduire les risques extrêmes. Des politiques climatiques devront être élaborées pour surmonter l’opposition actuelle aux sacrifices pourtant nécessaires afin d’éviter des dommages bien plus importants demain.
Dans les dédales de la bataille commerciale 16/03/2018
Le FMI et l’OCDE s’inquiètent de la montée des tensions commerciales. Au niveau agrégé, ces mesures créent une situation « perdant-perdant » dont l’impact varie considérablement d’un secteur à l’autre. Il faut aussi tenir compte des conséquences sur l’inflation et les marchés financiers, et surtout des vents contraires engendrés par une hausse structurelle de l’incertitude.
Hyperstimulation monétaire : bientôt la fin 12/03/2018
Depuis fin 2008, les grandes banques centrales ont fait l'acquisition de presque 10.000 milliards de dollars d'actifs et injecté autant de liquidités dans les marchés. Une décennie d'hyperstimulation monétaire qui touche à sa fin.
Les corrections du marché actions et l'économie 09/03/2018
À un moment donné au mois de février, le S&P500 se situait à plus de 10 % en deçà de son point haut, ce qui correspondait à une correction du marché selon la définition la plus courante. Cette baisse du marché avait suscité bien des commentaires, les uns y voyant une « correction saine », les autres, le point de départ d’une hausse structurelle de la volatilité. Des analyses économétriques de même que des simulations sur base de modèles montrent qu’une correction boursière devrait avoir un impact économique limité. Une analyse des faits stylisés montre toutefois le rôle de l’influence réciproque entre comportement boursier et attentes en matière de croissance économique. Il en découle la nécessité de prêter une attention particulière au comportement du spread des obligations d’entreprise.
Taux d'intérêt américains : pas encore de répercussions sur les devises émergentes 02/02/2018
Un environnement de hausse des taux US a généralement été une source d’inquiétude pour les pays en développement. Il semble en être autrement cette fois : malgré la remontée des taux américains, les devises émergentes se sont appréciées. Cela a contribué à un fléchissement du taux de change effectif du dollar et à un assouplissement des conditions financières aux Etats-Unis.
2018, l’année de la confiance vigilante 09/01/2018
Après la surprise favorable de 2017, la conjoncture devrait continuer sur sa lancée en 2018 avec une croissance en accélération et qui s’auto-alimente. La vigilance est toutefois de mise, eu égard aux valorisations de certains marchés financiers qui les rendent particulièrement sensibles à des surprises, notamment d’inflation.
Croissance : 2018, confort et défi d'une normalisation 22/12/2017
La croissance a créé la surprise en 2017. Une reprise mondiale auto-entretenue et un environnement monétaire accommodant devraient contribuer à son accélération. De nouvelles mesures de normalisation de la politique monétaire sont à prévoir aux États-Unis et dans la zone euro. On peut s’en féliciter mais elles constituent également un défi pour des marchés financiers habitués à des taux bas.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1819 articles et 500 vidéos