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Le pétrole reste froid à la crise politique dans le Golfe 10/07/2017

Malgré une hausse sensible des tensions politiques dans le Golfe, les prix du pétrole sont restés stables en raison d'une offre toujours abondante. Dans ce contexte, les finances publiques des pays du Golfe devraient continuer de se détériorer.

TRANSCRIPT // Le pétrole reste froid à la crise politique dans le Golfe : juillet 2017

François Doux : Depuis le 5 juin dernier, une crise diplomatique agite le golfe Arabo-Persique. D’un côté, il y a le Qatar et en face, six pays dont l’Arabie Saoudite, l’Égypte ou encore les Émirats arabes unis. En cause, une certaine complaisance, selon ces six pays, du Qatar pour l’Iran, mais aussi vis-à-vis de l’État islamique. Pascal Devaux, bonjour.

Pascal Devaux : Bonjour

François Doux : Cette agitation a donné lieu à des ruptures diplomatiques, mais aussi commerciales. Quel est d’abord l’impact sur les marchés du pétrole ?

Pascal Devaux : Pour le moment, l’impact est vraiment limité. Les marchés ont très peu réagi, le prix du pétrole reste entre 40 et 60 dollars. C’est lié à plusieurs raisons. D’abord, le Qatar est un petit producteur, avec 600 000 barils par jour à peu près. Il  n’y a eu aucune rupture de production de pétrole pour le moment de la part des pays du golfe. Ensuite, l’issue et le déroulement de la  crise sont trop incertains pour que les spéculateurs prennent des positions. Donc, on a eu très peu de mouvements de prix. Plus généralement, l’offre de pétrole sur le marché mondial reste surabondante, ce qui maintient le prix à un niveau relativement déprimé.

François Doux : L’offre OPEP est quand même en baisse. Qu’est-ce qui compense pour que les cours soient à peu près à l’équilibre ?

Pascal Devaux : D’une part, on a la Libye et le Nigéria, deux membres de l’OPEP non soumis aux quotas de production, qui ont fortement augmenté leur production depuis environ six mois. Et d’autre part, le pétrole de schiste américain a fortement abaissé son seuil de rentabilité et arrive donc à produire de plus en plus à un coût de plus en plus bas. Donc, schématiquement, on peut dire que si l’OPEP a retiré 1,3 million de barils par jour du marché, les États-Unis, le Nigéria et la Libye en ont ajouté 1,4. On continue donc à avoir une offre plutôt surabondante.

François Doux : Revenons sur les questions économiques du Qatar, en particulier quel est l’impact justement de cette crise ?

Pascal Devaux : Pour le moment, les conséquences sont relativement limitées et touchent le secteur réel. On devrait donc avoir un ralentissement de l’activité économique, environ 1,5 % cette année contre environ 3% attendus avant la crise, et une résurgence de l’inflation, étant donné que les coûts sont à la hausse. Ce qu’il faut vraiment surveiller, c’est la durée de cette crise et son intensité. Si l’embargo s’étendait au secteur financier, ce serait vraiment beaucoup plus inquiétant pour le Qatar. Le Qatar fonctionne pour son développement uniquement par l’intermédiaire de la dette. On a déjà une dette externe très élevée, environ 150 % du PIB. Et si jamais les sanctions devaient s’étendre au secteur financier, ce serait vraiment très embêtant pour le Qatar et pour la poursuite de son développement économique en dehors du secteur pétrolier.

François Doux : Et pour les autres pays autour, que ce soit l’Arabie Saoudite, l’Égypte ou encore les Émirats arabes unis, quelles sont les conséquences économiques de cette crise ?

Pascal Devaux : Cette hausse des sanctions et un marché du pétrole déprimé ont pour conséquence une dégradation des soldes budgétaires. Donc l’Arabie Saoudite, Bahreïn et Oman notamment devraient continuer à enregistrer des déficits budgétaires importants, leur dette devrait continuer d’augmenter et leurs avoirs devraient continuer de baisser. Par ailleurs, cette situation politique un peu difficile n’est pas favorable aux réformes alors que ces réformes, notamment budgétaires, sont vraiment indispensables, dans un environnement pétrolier qui devrait rester peu favorable à moyen terme.

François Doux : En tout cas, c’est un dossier à suivre tout au long de l’été. Merci Pascal pour ce point sur le golfe Arabo-Persique.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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