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Euro fort ? Dollar faible… 10/10/2017

L’euro s’est envolé contre dollar alors même que les divergences de politique entre Fed et BCE auraient dû soutenir un mouvement inverse. Certes la croissance européenne est positive, mais d’autres éléments sont à considérer…

TRANSCRIPT // Euro fort ? Dollar faible… : octobre 2017

François Doux : Pour le Graphique du mois, nous allons parler du marché des changes et de l’euro face au dollar. Alexandra Estiot bonjour.

Alexandra Estiot : Bonjour.

François Doux : L’euro reste fort alors que du côté de la politique monétaire on devrait voir plutôt un euro  plus faible face au dollar?

Alexandra Estiot : Oui, parce qu’effectivement la politique monétaire est plus accommodante dans la zone euro qu’aux États-Unis et qu’en termes d’anticipation il n’y a pas eu de décalage non plus. Ce que la BCE et la Fed sont en train d’appliquer comme politique, c’est une politique qui est annoncée et qui est la même depuis assez longtemps. Comme on le voit sur le graphique, habituellement on a une relation entre le différentiel du taux à 2 ans et la parité euro dollar. Ce différentiel de taux sur les bons d’Etat à 2 ans en Allemagne aux États-Unis est un très bon indicateur des anticipations de politique monétaire. Donc, généralement, on a une relation assez stable entre les deux sauf que là, il s’est passé quelque chose et que ça décale.

François Doux : Qu’est-ce qui se passe justement depuis quelques mois ?

Alexandra Estiot : Ce qu’il faut y voir c’est certainement partiellement une correction de l’appréciation du dollar qui avait eu lieu en fin d’année dernière suite à l’élection de Donald Trump. Juste après son élection, il y a eu une espèce d’envie de croire qu’on aurait une relance budgétaire, le retour de la croissance soutenue aux États-Unis, le retour d’une inflation et que tout cela serait donc compatible avec des taux plus élevés et une Fed un peu plus restrictive que ce qu’on attendait. Donc, de quoi soutenir le dollar.

François Doux : Aujourd’hui, c’est le temps des désillusions ?

Alexandra Estiot : Oui et non. On se rend compte qu’on a voulu croire à quelque chose, que tout n’était pas là et qu’effectivement il n’y a pas grand-chose au rendez-vous. En termes de croissance, l’économie américaine n’a pas changé de chemin, cela reste une croissance relativement molle. L’inflation depuis le début de l’année surprend à la baisse, avec encore une décélération des prix. Donc on n’a pas tout à fait le scénario que l’on avait en tête à l’époque.

François Doux : On attend Donald Trump au tournant sur une éventuelle réforme fiscale, sur un éventuel plan d’infrastructures…

Alexandra Estiot : Ce qu’il faudrait, c’est relancer la croissance et l’inflation. Il ne faut pas trop compter sur le volet budgétaire, sur les réformes fiscales non plus. Mais peut-être sur une légère baisse des taux d’imposition, surtout pour les revenus les plus importants, ce qui n’est pas susceptible de relancer l’économie. Quant au plan d’infrastructures, il n’a jamais été là et il ne le sera jamais.

François Doux : Merci, Alexandra Estiot pour ce point sur l’euro/dollar.

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