eco TV
2018, l’année de la confiance vigilante 09/01/2018

Après la surprise favorable de 2017, la conjoncture devrait continuer sur sa lancée en 2018 avec une croissance en accélération et qui s’auto-alimente. La vigilance est toutefois de mise, eu égard aux valorisations de certains marchés financiers qui les rendent particulièrement sensibles à des surprises, notamment d’inflation.

TRANSCRIPT // 2018, l’année de la confiance vigilante : janvier 2018

- William De Vijlder, bonjour.

- Bonjour.

- Vous êtes le chef économiste de BNP Paribas. Quand je regarde vos prévisions, 2,3% de croissance en 2017 aux USA, puis cela accélère en 2018 à 2,9%. Pareil pour la zone euro, on passerait de 2,3 à 2,4%. Et même en France, de 1,8 à 2% en 2018. Qu’est-ce qui soutient cette accélération de la croissance ?

- Il y a plusieurs facteurs. Les taux réels restent bas,  un effet d’auto-alimentation qui a créé des emplois. Cela augmente le revenu des ménages, alimente la consommation, donne envie aux entreprises d’investir. Le commerce mondial reprend également, et donc finalement une conjoncture où tous les pays s’autoalimentent et se renforcent mutuellement.

- Quand on est économiste, on préfère rester vigilant. Si on regarde l’approche bilancielle, on a l’impression que l’endettement a augmenté ces derniers mois. On compte beaucoup sur l’effet de levier.

- Effectivement on a beaucoup compté sur l’effet de levier. C’est pour cela que l’on a mené une politique de taux bas, de taux zéro, et puis d’assouplissement quantitatif. On peut dire que le cycle est devenu anormal, avec une hausse de l’effet de levier. On le voit du côté des entreprises américaines dont l’endettement a augmenté. Certains diront «c’était pour augmenter les dividendes et racheter nos propres actions. » On le voit dans le secteur immobilier dans plusieurs pays, notamment les pays scandinaves, le Canada, la Nouvelle Zélande, l’Australie. On le voit surtout aussi dans les multiples qu’on paie pour les opérations de fusion/acquisition. Cela montre qu’il y a beaucoup de liquidités qui doivent être mises en œuvre.

- Sur les marchés, les primes de risque, elles, ont tendance à se comprimer.

-  Oui, et c’est une conséquence de cette combinaison taux bas, liquidités abondantes et une conjoncture qui est au beau fixe. Donc qu’est-ce qui se passe ? On arrive à un rapport cours/bénéfices très élevé aux Etats-Unis qui alimente certaines inquiétudes. On le voit également en termes de spread entre les obligations des entreprises et la dette souveraine. Ces  spreads sont très comprimés.

- Quels risques pèsent sur cette croissance en 2018?

-  On a un peu l’impression que le point faible, c’est le marché parce que c’est là que nous pouvons avoir la plus grande réactivité à des chocs, à des nouvelles un peu surprenantes. Et c’est vraiment l’inflation qu’il faut regarder parce jusqu’ici elle a plutôt été absente, ce qui a permis à la banque centrale de continuer ses politiques souples. On n’est pas à l’abri de l’une ou l’autre surprise défavorable à l’inflation qui provoquerait une remontée des taux longs et qui pèserait sur la bourse.

- On va aussi regarder ce qui se passe aux USA : les réformes fiscales annoncées par le président Trump.

- Oui, après la fête, la réalité. Pour 2018 on a anticipé que tout ceci allait créer un emballement supplémentaire de l’économie américaine dont elle n’a pas besoin. Cela a tout de même alimenté des perspectives bénéficiaires à la hausse. Reste à voir la suite.

- Pour conclure William De Vijlder, si on se projette dans un an, à janvier 2019, qu’est-ce que vous nous dites?

- 2019 devrait être l’année d’un certain ralentissement qui commence à se dessiner. C’est inévitable après plusieurs années d’une croissance très soutenue. Il faudra surveiller dans quelle mesure cette perspective d’un ralentissement deviendra un facteur anxiogène pour les marchés financiers ; cela donne lieu à une sorte de remise en question des perspectives bénéficiaires. Il faut donc rester vigilant et c’est ce que nous devrons suivre en particulier.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

Menaces sur le commerce mondial 17/07/2018
Alors que les échanges commerciaux progressent à nouveau rapidement, la montée du protectionnisme suscite une inquiétude grandissante. Sous l’impulsion de leur président Donald Trump, les Etats-Unis remettent en cause le principe même du multilatéralisme qui régit le commerce mondial depuis l’après-guerre. Ils ont ainsi initié, en mai 2017, la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (Aléna), puis sont arrivées les premières taxes à l’importation (notamment sur l’aluminium et l’acier) et l’enquête diligentée sur les importations de véhicules et de pièces automobiles. Des mesures de rétorsion sont prises et le risque d’escalade est désormais important. S’il venait à se matérialiser, tous les pays, à commencer par les Etats-Unis, en sortiraient perdants et l’économie mondiale ralentirait sensiblement.
Marchés financiers : des signaux contradictoires 13/07/2018
D’après les positions spéculatives des contrats à terme sur le VIX, la volatilité resterait faible et exclurait tout choc de croissance ou d’inflation. L’aplatissement de la courbe des taux aux États-Unis montre que les investisseurs anticipent un ralentissement. Ces anticipations contradictoires peuvent refléter des horizons d’investissement différents mais au final une seule sera juste.
Incertitude : la hausse reste contenue 13/07/2018
L’incertitude influence les décisions des ménages et des entreprises. A défaut d'observations directes, les indicateurs permettent de le vérifier : ceux de la couverture médiatique, de la dispersion des estimations des perspectives économiques par les entreprises allemandes et les indices de la dispersion des rendements des composantes des indices S&P500 et Eurostoxx 50.
Confiance relative 11/07/2018
Les hypothèses de croissance restent favorables pour 2018 grâce aux créations d’emplois, au développement du crédit, à la faiblesse des taux d’intérêt. Pourtant, les risques augmentent. Ils sont de nature politique et commerciale. Si tous ne se matérialisent pas, ils font naître un climat d’incertitude qui, à la longue, peut freiner la consommation des ménages, l’investissement des entreprises et les échanges mondiaux.
Y a-t-il retournement de conjoncture ? Regards croisés sur les États-Unis et l’Europe 10/07/2018
Le climat des affaires se tempère quelque peu, aux États-Unis mais surtout en Europe. Assagissement passager ou début de retournement conjoncturel ?
Economie mondiale : (in)évitable incertitude 06/07/2018
L’incertitude modifie le comportement des ménages et des entreprises. Les imprévus et leurs effets de second tour impliquent qu’elle est, dans une certaine mesure, inévitable. La politique économique doit éviter d’y contribuer. Alors que la politique monétaire vise à contenir l’incertitude, les mesures protectionnistes en génèrent et peuvent, à terme, freiner la croissance.
La communication inclusive soutient la croissance inclusive 22/06/2018
La communication des banques centrales a profondément évolué au cours des dernières décennies : elle est devenue plus fréquente, moins opaque, très nuancée et plus complexe. L’initiative prise par le président de la Fed, M. Powell, de commencer sa conférence de presse en langage simple mérite d’être saluée.
Le frein des incertitudes liées au relèvement des droits de douane 22/06/2018
Le relèvement des droits de douane fait naître des incertitudes qui pénalisent la croissance. La mondialisation des chaînes de valeur vient compliquer l’analyse. La hausse des droits de douane fait grimper les prix des intrants dans les pays importateurs et pèse sur les carnets de commandes des pays exportateurs. Toutefois, depuis le début de l’année les prix des intrants comme les commandes à l’export ont baissé dans de nombreux pays, mais il est trop tôt pour trouver un lien avec les mesures tarifaires.
Les ressorts de la contagion internationale 08/06/2018
Les fortes corrélations entre marchés internationaux pourraient être le résultat de chocs mondiaux, de fluctuations de l’aversion au risque ou d’un effet de contagion. Un large éventail de facteurs peut expliquer cet effet de contagion. Il est important de déterminer la nature de la contagion pour en évaluer les conséquences économiques.
Économie mondiale : les nuages s'amoncellent 07/06/2018
La combinaison de taux d'intérêt réels bas, créations d'emplois, hausse des bénéfices des entreprises et augmentation des échanges internationaux devrait permettre à la croissance économique mondiale de rester soutenue. Toutefois, les nuages font leur apparition : les indicateurs de confiance régressent en Europe, au Japon et dans les marchés émergents ; ce qui n'était jusqu'alors qu'une menace protectionniste est devenu réalité ; en Italie, l'incertitude politique a provoqué des turbulences sur les marchés et des questions concernant les choix économiques du nouveau gouvernement restent en suspens. Ensemble, ces vents contraires pourraient freiner la croissance mondiale.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1854 articles et 510 vidéos