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Reprise fragile 10/07/2018

Le Nigeria sort doucement de la récession grâce à la hausse des cours du pétrole. Peut-on parler d'une reprise durable ?

TRANSCRIPT // Reprise fragile : juillet 2018

L’INTERVIEW

 

François Doux : Focus à présent sur la première économie de l'Afrique : le Nigeria.

En 2016 ce pays a connu sa première récession depuis 20 ans. En 2017, il allait un petit peu mieux avec +0,8 % de croissance, et en 2018 +2,1 % de croissance au premier trimestre.

Stéphane Alby, bonjour.

Stéphane Alby : Bonjour.

François Doux : Stéphane, compte tenu du marché pétrolier, de ses perspectives et de l'économie, est-ce que l'on peut considérer que le pic de tension est derrière nous pour le Nigeria ?

Stéphane Alby : On peut espérer que l'économie du Nigeria ait retrouvé le chemin de la croissance. Les chiffres l'attestent : en plus du rebond des cours du brut, l'économie bénéficie d'un rebond de sa production pétrolière qui se situe aujourd'hui à environ 2 millions de barils/jour, après un point bas à 1,6 million de barils/jour fin 2016 en raison d'actes de sabotage.

Maintenant, cette  reprise économique est fragile car elle repose beaucoup trop sur des facteurs exogènes. De fait, si l'on exclut la contribution des hydrocarbures à la croissance, les chiffres sont nettement moins bons avec une croissance à tout juste 0,8 % au premier trimestre.

François Doux : Stéphane, quels sont les freins à une croissance plus robuste au Nigeria ?

Stéphane Alby : Ils sont multiples. D’abord l'économie a subi un ajustement macro-économique sévère. Entre 2014 et 2017 les importations de biens ont été divisées par deux, le chômage a gonflé de façon significative et les banques ont vu leur bilan se détériorer dangereusement, ce qui les a rendues de facto beaucoup plus frileuses dans leur politique d'allocation du crédit. A cela s'ajoutent une inflation toujours élevée, une politique monétaire restrictive et les incertitudes liées à la tenue d'élections générales en 2019.

François Doux : Justement, si on se projette aux élections de 2019, quels vont être les défis du futur gouvernement pour que l'économie du Nigeria tourne enfin à plein régime ?

Stéphane Alby : Ils seront évidemment nombreux. L'économie du Nigeria a un potentiel de croissance énorme. Le marché domestique est vaste et la population est amenée à doubler selon les projections de l'ONU d'ici 2050, ce qui ferait du Nigeria le troisième pays le plus peuplé derrière la Chine et l'Inde. Mais pour que le potentiel se concrétise il va falloir, entre autres choses, combler le déficit d'infrastructures. Cela ira de pair avec une mobilisation accrue des ressources domestiques. C'est à mon sens l'un des gros points faibles de l'économie du Nigeria.

En 2017, les ressources budgétaires au niveau agrégé n'ont atteint que 6 % du PIB dont quasiment la moitié est encore générée par le secteur des hydrocarbures.

François Doux : A propos des hydrocarbures, rien ne dit que le niveau actuel relativement élevé du cours du pétrole va se maintenir.

Stéphane Alby : C'est exact et même si c'était le cas, les autorités, quelle que soit l'issue des élections, ne disposeront pas de la capacité financière pour avancer sur des projets structurants sans un renforcement de la base fiscale. A moins évidemment de laisser filer les déficits et la dette, ce qui est forcément risqué pour une économie comme le Nigeria, c'est-à-dire une économie vulnérable à des chocs exogènes et dont les charges d'intérêt absorbent déjà 25 % des ressources du gouvernement.

François Doux : Un sujet passionnant. Merci Stéphane Alby pour ce point sur le Nigéria. Quant à nous, nous nous retrouverons en septembre pour un nouveau numéro d'EcoTV. Au nom de toutes les équipes des études économiques de BNP Paribas, nous vous souhaitons un bel été.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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