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Rentrée économique : les défis se multiplient 11/09/2018

La menace protectionniste, omniprésente dans les médias, n’a pas empêché Wall Street d’atteindre de nouveaux sommets, portée par la croissance des bénéfices et une Réserve fédérale perçue comme accommodante.

TRANSCRIPT // Rentrée économique : les défis se multiplient : septembre 2018

François Doux : On parle à présent de la conjoncture à l'heure d'aborder la fin de cette année 2018 avec William De Vijlder, bonjour.

 

William De Vijlder : Bonjour François.

 

François Doux : Vous êtes le chef économiste de BNP Paribas, cela ne vous empêche pas de regarder ce qui se passe sur les marchés financiers. Wall Street bat des records. Est-ce que ces hauts niveaux des marchés financiers trouvent une justification économique ?

 

William De Vijlder : Cela fait beaucoup débat. D'un côté des records à Wall Street montrent bien évidemment le rôle joué par la politique monétaire et cette grande prudence de la Réserve fédérale qui inspire beaucoup de confiance aux opérateurs de marché. L'autre point très important, c'est évidemment la très bonne conjoncture économique américaine qui pousse à la hausse les bénéfices. Le bémol à cette dynamique boursière, c'est qu'il semble que les inquiétudes quant à la menace protectionniste n’ont pas eu d'impact jusqu'ici. Ce qui veut dire que si sur ce plan-là, il devrait y avoir une détérioration, l'impact sur Wall Street devrait alors être d'autant plus important.

 

François Doux : Est-ce que la robustesse de cette croissance américaine ne va pas finir par alimenter un peu trop l'inflation ?

 

William De Vijlder : Oui, on attend l'inflation. Je dirai presque, en tant qu'économiste, avec une certaine impatience.

En tant qu'opérateur de marché, on est soulagé car il n'y a pas d'inflation. D'ailleurs Monsieur Powell, qui est à la tête de la Réserve fédérale depuis quelques mois, a encore répété à Jackson Hole qu'il était assez serein à ce propos. Le message de la Réserve fédérale est extrêmement subtil. D'un côté elle dit «  on va continuer à resserrer la politique monétaire, progressivement, on va être vigilant, etc ».

D'un autre côté, elle a également un message sur la conduite de la politique monétaire qui dépend énormément des données économiques. Pourquoi ?

Parce que se cantonner à quelques recettes faciles comme le taux d'intérêt d'équilibre ou encore le taux de chômage naturel serait hautement risqué.

 

François Doux : Du coup, quel est votre scénario pour la Fed ?

 

William De Vijlder : On continue à tabler sur deux resserrements encore cette année, et encore un resserrement supplémentaire début 2019. Et puis il sera question de regarder comment les données économiques évoluent. À ce propos, il est important de garder à l'esprit que l’impulsion, que donnent l'augmentation des dépenses du secteur public cette année et la baisse des impôts, va être moins grande en 2019 qu'en 2018.

L’autre élément à garder à l'esprit, c'est que la remontée des taux finira par avoir un impact sur, par exemple, la construction immobilière, et la hausse du dollar peut également freiner un peu les exportations. Donc le premier trimestre, je dirai même le semestre, va être extrêmement important pour évaluer si la Réserve fédérale va adapter son taux. Pour l'instant elle continue à dire qu'il y aura plusieurs resserrements même en 2019.

 

François Doux : Une dernière question sur le président des États-Unis, Donald Trump, qui parle beaucoup de sanctions commerciales, c'est un retour au protectionnisme. Est-ce que vous, en tant qu'économiste, vous voyez un impact à court-moyen terme négatif sur la croissance de ce mouvement ?

 

William De Vijlder : La réponse classique c'est : ça dépend. Mais concrètement qu'est-ce qu'on observe ? Pour l'instant l'impact est extrêmement faible, il y a eu un fléchissement dans l'évaluation des commandes à l'exportation mais qu'il faut mettre en rapport avec le ralentissement économique mondial vu au premier semestre.

Lorsqu'on regarde, par exemple, les enquêtes auprès d'entreprises allemandes, ces entreprises-là ne manifestent pas une inquiétude en forte augmentation. L’autre élément à retenir, c'est qu'il existe un accord entre les États-Unis et le Mexique. Là, la pression est mise sur les Canadiens pour qu’inscrivent également dans cet accord et un message vis-à-vis de l'Europe pour accélérer. En même temps, gardons les pieds sur terre. Toute l'attention se portera sur la relation commerciale entre les États-Unis et la Chine. On est parti sur quelque chose qui va durer, difficile en termes de négociations avec le risque d'un impact économique plus significatif sur ce plan-là.

 

François Doux : On va garder cette grille de lecture pour les mois à venir, merci William De Vijlder. Dans un instant on parle des marchés émergents, en particulier de la Turquie.

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