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Eco TV - Janvier 2018 09/01/2018

TRANSCRIPT // Eco TV - Janvier 2018 : janvier 2018

Nous allons parler de la croissance en 2018. Entre confiance et vigilance, ce sont les deux mots-clefs du chef économiste William De Vijlder. Pour le Graphique du mois, direction Hong Kong avec François Faure qui nous parlera de la bulle du crédit. Et pour terminer, avec Frédérique Cerisier, en seulement trois questions nous ferons le tour du chantier des réformes institutionnelles en Europe. Bonne émission à tous.

 

 - 2018 est une année placée sous le signe de la confiance et de la vigilance pour la croissance mondiale. William De Vijlder bonjour.

- Bonjour.

- Vous êtes le chef économiste de BNP Paribas. Quand je regarde vos prévisions, 2,3% de croissance en 2017 aux USA, puis cela accélère en 2018 à 2,9%. Pareil pour la zone euro, on passerait de 2,3 à 2,4%. Et même en France, de 1,8 à 2% en 2018. Qu’est-ce qui soutient cette accélération de la croissance ?

- Il y a plusieurs facteurs. Les taux réels restent bas,  un effet d’auto-alimentation qui a créé des emplois. Cela augmente le revenu des ménages, alimente la consommation, donne envie aux entreprises d’investir. Le commerce mondial reprend également, et donc finalement une conjoncture où tous les pays s’autoalimentent et se renforcent mutuellement.

- Quand on est économiste, on préfère rester vigilant. Si on regarde l’approche bilancielle, on a l’impression que l’endettement a augmenté ces derniers mois. On compte beaucoup sur l’effet de levier.

- Effectivement on a beaucoup compté sur l’effet de levier. C’est pour cela que l’on a mené une politique de taux bas, de taux zéro, et puis d’assouplissement quantitatif. On peut dire que le cycle est devenu anormal, avec une hausse de l’effet de levier. On le voit du côté des entreprises américaines dont l’endettement a augmenté. Certains diront «c’était pour augmenter les dividendes et racheter nos propres actions. » On le voit dans le secteur immobilier dans plusieurs pays, notamment les pays scandinaves, le Canada, la Nouvelle Zélande, l’Australie. On le voit surtout aussi dans les multiples qu’on paie pour les opérations de fusion/acquisition. Cela montre qu’il y a beaucoup de liquidités qui doivent être mises en œuvre.

- Sur les marchés, les primes de risque, elles, ont tendance à se comprimer.

-  Oui, et c’est une conséquence de cette combinaison taux bas, liquidités abondantes et une conjoncture qui est au beau fixe. Donc qu’est-ce qui se passe ? On arrive à un rapport cours/bénéfices très élevé aux Etats-Unis qui alimente certaines inquiétudes. On le voit également en termes de spread entre les obligations des entreprises et la dette souveraine. Ces  spreads sont très comprimés.

- Quels risques pèsent sur cette croissance en 2018?

-  On a un peu l’impression que le point faible, c’est le marché parce que c’est là que nous pouvons avoir la plus grande réactivité à des chocs, à des nouvelles un peu surprenantes. Et c’est vraiment l’inflation qu’il faut regarder parce jusqu’ici elle a plutôt été absente, ce qui a permis à la banque centrale de continuer ses politiques souples. On n’est pas à l’abri de l’une ou l’autre surprise défavorable à l’inflation qui provoquerait une remontée des taux longs et qui pèserait sur la bourse.

- On va aussi regarder ce qui se passe aux USA : les réformes fiscales annoncées par le président Trump.

- Oui, après la fête, la réalité. Pour 2018 on a anticipé que tout ceci allait créer un emballement supplémentaire de l’économie américaine dont elle n’a pas besoin. Cela a tout de même alimenté des perspectives bénéficiaires à la hausse. Reste à voir la suite.

- Pour conclure William De Vijlder, si on se projette dans un an, à janvier 2019, qu’est-ce que vous nous dites?

- 2019 devrait être l’année d’un certain ralentissement qui commence à se dessiner. C’est inévitable après plusieurs années d’une croissance très soutenue. Il faudra surveiller dans quelle mesure cette perspective d’un ralentissement deviendra un facteur anxiogène pour les marchés financiers ; cela donne lieu à une sorte de remise en question des perspectives bénéficiaires. Il faut donc rester vigilant et c’est ce que nous devrons suivre en particulier.

- Merci William De Vijlder pour ce point sur 2018. Dans un instant le Graphique du mois.

 

 

-  Pour le Graphique du mois, direction Hong Kong. François Faure bonjour.

- Bonjour François.

- Il y aurait une bulle du crédit à Hong Kong et une croissance de la dette vertigineuse. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

- On peut le voir de façon très claire sur ce graphique de l’évolution du ratio de la dette du secteur privé, uniquement par rapport au PIB. Vous voyez que pour Hong Kong, en l’espace de seulement huit ans, la dette a augmenté de la bagatelle de 135% du PIB, ce qui fait un ratio à plus de 300%.

-  Donc Hong Kong est quelque part plus endetté que la Chine selon ce graphique. Qui s’endette à Hong Kong ?

- Essentiellement les entreprises. Même si la dette des ménages a beaucoup augmenté. Peut-être une précision sur les statistiques : les banques à Hong Kong prêtent à des entreprises situées à Hong Kong mais qui ont une activité sur l’ensemble de la région et notamment sur la Chine continentale. Cela veut dire que le ratio d’endettement, calculé uniquement avec le PIB de Hong Kong, est surestimé. Cela dit, en termes de dynamique cela ne change pas grand-chose et la situation est assez préoccupante.

- Pourquoi faut-il s’inquiéter de cette situation ?

- D’une part parce que si l’on compare avec l’évolution du ratio d’endettement caractéristique qui a mené à une crise financière, on voit que Hong Kong est largement au-dessus et qu’il est même largement au-dessus des Etats-Unis qui a connu, par le passé, la fameuse crise des subprimes. Il faut s’en inquiéter également parce que, conjointement à cette augmentation de l’endettement, on a une bulle des prix immobiliers. Vous voyez bien que les prix flambent sur ce graphique. Et quand on a la conjonction des deux (beaucoup d’endettement et une bulle des prix de l’immobilier), en cas de retournement des prix, cela fait très mal.

- Pour conclure, qu’en est-il du véritable risque à Hong Kong ? On sait que, selon Karl Marx, l’histoire ne se répète pas, par contre elle peut bégayer. Quel est votre point de vue sur Hong Kong ?

- Je ne pense pas qu’il y aura une crise comme aux USA au cours de la décennie passée. D’abord, les banques de Hong Kong, contrairement à leurs homologues américaines, n’ont pas versé dans la titrisation à outrance. Or, c’est ce  qui a fait passer d’une crise de crédit à une crise de liquidité. Deuxièmement, les prêts des banques sont plutôt diversifiés, en tout cas géographiquement. Troisièmement, le risque d’une très forte dévaluation du taux de change avec une parité fixe au dollar, qui plongerait les entreprises hongkongaises endettées en dollar dans l’insolvabilité, est assez limité. Enfin, les banques hongkongaises elles-mêmes sont fortement capitalisées.

- On gardera tout de même un œil sur Hong Kong tout au long de cette année 2018. Merci François Faure. Dans un instant, on revient en Europe.

 

 

- Trois questions à présent sur l’Union européenne où se prépare un train de réformes concernant le fonctionnement des institutions. Frédérique Cerisier bonjour.

- Bonjour.

- Frédérique, en décembre dernier, la Commission européenne a esquissé un nouveau projet pour le budget de la zone euro. Que faut-il en déduire ?

- Pour le moment on retient surtout que c’est un projet un peu fourre-tout, puisqu’il aura à la fois la fonction de favoriser la convergence des pays candidats à l’entrée dans la zone euro, de soutenir les réformes structurelles dans les Etats membres, et de soutenir l’activité d’un pays qui ferait face à un choc spécifique. A première vue, on a l’impression qu’ils n’ont pas voulu choisir entre une vision très allemande du budget européen d’aide aux réformes et une vision beaucoup plus française d’outil de stabilisation économique. Cela dit, dans la pratique on voit bien que le soutien conjoncturel va rester exceptionnel et très limité, ciblé sur les investissements. Dernier point, tout cela va aussi dépendre de la taille des fonds alloués à ce projet. Et cela se décidera au sein du budget pluriannuel de l’ensemble de l’UE qui fait l’objet, on le sait, de négociations très difficiles et complexes.

- Deuxième volet de la réforme : la gestion des crises, et pourquoi la création d’un fonds monétaire européen ? C’est bien cela ?

- Exactement, oui. Il s’agit de transformer le mécanisme européen de stabilité (MES) en fonds monétaire européen. Actuellement le MES gère uniquement l’apport de fonds dans les programmes d’aide. A l’avenir il aura vraisemblablement un rôle beaucoup plus important dans la gestion des crises. A la fois dans le diagnostic, la mise en œuvre et la surveillance des programmes d’aide. C’est certainement une évolution qui prépare le terrain au retrait des équipes de la BCE et du FMI de la fameuse Troïka. Enfin, ce fonds monétaire européen deviendra le prêteur en dernier ressort des banques en servant de filet de sécurité au fameux fonds de résolution bancaire.

- Troisième et dernière question : le calendrier. Est-ce que les choses vont aller vite en 2018 ?

- Difficile à dire. D’un côté le temps presse, parce qu’on entame clairement la dernière année de travail utile à la Commission européenne avec les élections du printemps 2019. De ce point de vue, l’objectif est que les grands arbitrages soient pris à la fois pour ces réformes et pour tous les chantiers européens, d’ici le Conseil européen de juin 2018. En même temps, il va être difficile de mobiliser les énergies sur ces sujets dans les mois à venir alors que des négociations de coalition sont encore en cours en Allemagne, que des élections législatives se préparent en Italie, que l’Espagne devra gérer les suites des dernières élections catalanes. Il a beaucoup de choses à faire, donc.

- Frédérique Cerisier merci. Tous les détails sur les chantiers de la réforme en Europe seront dans Conjoncture. On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d’Eco TV.

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