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EcoTV - Avril 2018 11/04/2018

TRANSCRIPT // EcoTV - Avril 2018 : avril 2018

- Bonjour à tous et bienvenue dans cette édition d’avril 2018 d’Eco TV, le magazine des économistes de BNP Paribas. Au sommaire de cette édition : le Japon 7 ans après Fukushima, Jean-Luc Proutat nous dressera un bilan et les perspectives de cette économie japonaise. Dans le Graphique du mois nous parlerons des Etats-Unis, de la courbe des taux et du cycle économique avec le chef économiste William De Vijlder. Enfin, pour terminer, Trois questions sur Israël où la croissance accélère. Pascal Devaux nous donnera les clés de compréhension de l’économie israélienne. Bonne émission.

 

- On parle à présent de l’économie japonaise sept ans après Fukushima. Jean-Luc Proutat, bonjour.

- Bonjour.

- Aujourd’hui l’économie japonaise va un peu mieux. 2018 se présente sous des auspices plutôt positifs.

- Absolument. L’économie du Japon connait un rythme de croissance voisin de 1,5% par an, ce qui, pour elle, est élevé. Le secteur exportateur est en pleine forme. Le Japon a retrouvé des excédents courants, l’économie est au quasi plein emploi, puisqu’il y a moins de 3% de chômage. La Bourse de Tokyo a battu des records et s’affiche quasiment au plus haut depuis 20 ans. Elle a enregistré, ces dernières années, l’une des meilleures performances de toutes les places financières.

- On dit pourtant souvent que l’économie japonaise est vieillissante. Comment expliquer alors ce retour en forme ?

- On peut dire qu’elle reçoit une cure de vitamine à très haute dose.

- Vous faites allusion aux politiques du premier ministre, Shinzo Abe ?

- Oui, ce qu’on appelle aussi les Abenomics. Il s’agit d’un mixte de relance à la fois budgétaire et, surtout, monétaire. Imaginez que la Banque du Japon a injecté dans le système financier l’équivalent du PIB de la France depuis 5 ans, ce qui est considérable. A côté, les politiques suivies par la Réserve fédérale des Etats-Unis ou la Banque centrale européenne paraissent presque timides.

- Vous faites allusion à cette politique expansionniste de la Banque du Japon. Elle a fait marcher la planche à billets. Normalement on devrait avoir de l’inflation ?

- C’était le but : retrouver un peu d’inflation, sortir le Japon de la déflation dans laquelle il est enfermé depuis longtemps, la cible officielle étant 2%. Or, de ce point de vue,  on peut dire que les Abenomics ont été un demi-échec.

- Pourquoi ?

- D’abord parce que les liquidités injectées par la Banque du Japon ont fait l’objet d’un recyclage mondial et qu’une toute petite partie seulement est allée dans la poche des Japonais, à travers du crédit supplémentaire. Également parce que les salaires sont restés très inertes. Il n’y a pas eu cette fameuse boucle salaires-prix, par laquelle les salaires entraînent la hausse des prix et vice versa.

Cela peut s’expliquer de plusieurs manières. Déjà, la hausse des salaires, comme l’inflation, ne se décrète pas. Les entreprises sont soumises à des objectifs de rentabilité, de productivité. Or celle-ci a plutôt tendance à s’amenuiser au Japon. Ensuite, beaucoup de PME ne sont pas suffisamment rentables pour s’inscrire dans une cible salariale officielle.

- Qu’en est-il, pour terminer, de l’imposante dette publique japonaise ?

- Elle a été stabilisée à 240% du PIB, notamment parce que les taux d’intérêt sont tombés à zéro, voire au-dessous. La charge financière de la dette est nulle. En revanche, les mesures dites « structurelles », qui visent à s’attaquer aux déficits récurrents du gouvernement japonais, ont été repoussées à plus tard, comme la hausse de TVA, qui doit intervenir en 2019.

En outre, le rapport démographique n’est pas vraiment favorable à la stabilisation de la dette. Le ratio de dépendance, c’est-à-dire le rapport entre les retraités et les actifs est très défavorable au Japon. Dans les 20 prochaines années, on estime qu’il y aura 10 à 12 millions d’actifs en moins dans l’économie pour 4 millions de retraités en plus. Il sera donc difficile de stabiliser la dette publique. Cela étant dit, elle est essentiellement domestique. Elle est détenue à 90% par des Japonais, ce qui fait que les arbitrages à rendre seront essentiellement internes.

- Jean-Luc Proutat, merci pour ce point sur l’économie japonaise. Dans un instant, trois questions sur la pente des taux aux Etats-Unis et le cycle économique avec William De Vijlder.

 

- Dans le Graphique du mois, nous allons parler de la pente des taux aux Etats-Unis et du cycle économique.

- William De Vijlder, bonjour.

- Bonjour.

- Votre scénario concernant la politique monétaire américaine est le suivant : encore trois hausses de taux en 2018, une autre en 2019. Quel est l’impact de cette politique monétaire sur la pente des taux aux Etats-Unis ?

- La tendance récente d’aplatissement de la pente devrait continuer. C’est donc la différence entre le rendement à 10 ans et celui à 2 ans.

Le rendement à 2 ans est très influencé par la perspective de resserrement monétaire. Et celui à 10 ans commence à subodorer la perspective d’un certain ralentissement de la croissance.

- C’est votre courbe bleue ? L’écart des taux entre 2 ans et 10 ans. Quand elle tend vers zéro, cela veut dire que la courbe s’aplatit. Quel problème un aplatissement de la courbe pose-t-il ?

- Dans le passé, on a vu qu’à l’approche des récessions il y avait d’abord un aplatissement de la courbe, puis une inversion. C’est donc l’inversion qui crée un certain mouvement de panique. En outre, il faut aussi regarder les autres lignes, c’est très important pour l’analyse que l’on en fera dans les mois à venir. La ligne verte montre la différence entre le taux des Fed Funds, donc le taux officiel américain, et l’inflation sous-jacente. C’est donc un taux réel. Vous constaterez qu’à l’approche des récessions, par le passé ce taux réel atteignait un niveau très élevé. Vous constaterez également qu’aujourd’hui le niveau est extrêmement bas. Et la troisième ligne, non sans importance, est la ligne rouge qui montre le différentiel entre le taux « High Yield » et le rendement américain à 10 ans. Là encore, à l’approche des récessions il y avait un écartement des spreads très significatif.

- En conclusion, William, malgré cet aplatissement de la courbe aux Etats-Unis, la situation n’est pas encore trop alarmiste.

- Pas du tout. Bien au contraire. La perspective de croissance reste particulièrement bonne. Bien évidemment la baisse d’impôts joue dans une certaine mesure mais également cette croissance mondiale qui est au rendez-vous. Donc du côté de la sphère réelle, tout va bien. En revanche, il faudra bien suivre ces trois lignes, les avoir sur son écran radar. Donc, bien évidemment, le taux réel des Fed Funds est très important, tout comme la pente de la courbe et les spreads « High Yields ».

- Merci William De Vijlder. Dans un instant, Trois questions sur Israël.

 

Trois questions à présent sur Israël où la croissance accélère. Elle fait même mieux que d'autres pays de l'OCDE : 3 % attendu en 2017, 3,5 % en 2018 et 2019, ce sont les prévisions de BNP Paribas.

- Pascal Devaux, bonjour.

- Bonjour.

- Première question, quels autres signaux positifs nous renvoie cette économie israélienne ?

- Grâce à cette croissance économique soutenue, le taux de chômage est maintenant inférieur à 4 %. Par ailleurs le déficit budgétaire a été réduit à moins de 2,5 % du produit intérieur brut en 2017, ce qui devrait permettre à la dette publique de se stabiliser.

Et, enfin, l'excédent des comptes courants, qui est important, et les flux d'investissements directs étrangers ont permis d'augmenter les réserves de change de la banque centrale qui ont atteint environ 115 milliards de dollars en 2017.

- Deuxième question, parmi les moteurs de cette économie il y a bien sûr le gaz. Quelles sont les perspectives de ce point de vue ?

- Les perspectives sont tout à fait favorables grâce aux gisements découverts qui sont maintenant en production.

Israël est maintenant autosuffisant en gaz. Par ailleurs, des contrats d'exportation ont été signés avec la Jordanie et l'Égypte. Cela devrait avoir des conséquences positives sur le budget, sur les comptes extérieurs et sur la croissance économique.

- Troisième question, si l'on ajoute le secteur de la high-tech au gaz, le potentiel de croissance d'Israël est conséquent. Avez-vous des interrogations concernant ce potentiel de croissance ?

- A court terme l'appréciation du shekel pourrait pénaliser les exportations israéliennes, notamment celles des secteurs non high tech. On observe depuis quelques années que l'économie israélienne perd des parts de marché à l'exportation.

Par ailleurs, à moyen et à long terme, la croissance démographique soutenue de groupes de population moins bien formés et moins productifs, notamment les ultra-orthodoxes et les arabes israéliens, pourrait entamer le potentiel de croissance à moyen et long terme de l'économie israélienne.

- Merci, Pascal Devaux, pour ce point sur l'économie israélienne.

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