eco TV Week

S'il n'y en avait qu'un...

06/10/2017

Le rapport emploi de septembre aura probablement été affecté par les dommages infligés par les ouragans, complexifiant un peu plus son analyse.

Alexandra ESTIOT

TRANSCRIPT // S'il n'y en avait qu'un... : octobre 2017

Le rapport emploi a toujours été la base de données à suivre quand il s’agit d’analyser la conjoncture américaine. On y lit, notamment, les revenus et la confiance des ménages, et donc les perspectives de consommation, la principale composante de la demande. Habituellement, les statistiques les plus attendues sont celles des créations mensuelles d’emplois, du taux de chômage et de la progression des salaires.

Il faut se garder de trop se préoccuper d’une évolution mensuelle. Ceci sera particulièrement important pour les données de septembre qui auront probablement été brouillées par les destructions apportées par des ouragans puissants. Il est toujours difficile d’estimer les effets, qu’ils soient directs ou indirects, notamment car les canaux sont multiples. Des conséquences semblent inévitables au vu des importantes fluctuations enregistrées par les données hebdomadaires d’inscription à l’indemnisation du chômage. Les zones affectées par les ouragans représentant entre 7% et 8% de l’emploi américain les effets pourraient être importants, même s’il faut garder en tête qu’ils seront probablement corrigés en octobre.

Les catastrophes climatiques n’affectent pas, le plus souvent, les perspectives de moyen terme, les destructions laissant place aux reconstructions. Il s’agira donc de se focaliser sur les tendances de fond de l’emploi. La plupart des données indiquent un marché du travail dynamique. L’économie crée environ 2,5 millions d’emplois l’an et le taux de chômage fluctue sous 4,5%. Pourtant, les salaires demeurent sages, trop sages, sur une pente de 2,5% environ, suggérant qu’un important sous-emploi reste à résorber.

La faiblesse de salaires est l’une des raisons de la faiblesse de l’inflation. Reste que bien que limitée, la croissance des salaires n’a pas ralenti depuis le début de l’année, et donc pas plus le pouvoir d’achat des ménages. Pourtant, l’inflation, elle, a subit un coup de frein, qu’on ne peut que très partiellement imputer à la valeur externe du dollar ou aux prix du pétrole. En l’absence de réponse convaincante et consensuelle aux raisons de ce ralentissement, la Fed continuera de progressivement normaliser sa politique monétaire, sans lâcher des yeux les salaires et les prix…

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

Les inquiétudes s'auto-alimentent-elles face à l'inversion de la courbe ? 08/12/2017
La courbe des Treasuries s’est considérablement aplatie cette année. Or, un tel aplatissement a été par le passé un bon indicateur avancé des récessions. Ce signal est désormais moins fiable mais on peut se demander s’il ne finira pas par impacter la confiance à l’égard des perspectives.
En bonne santé 01/12/2017
L'économie américaine se porte bien, la plupart des données récentes dépassant les attentes et la moyenne de long terme.
L'Aléna dans tous ses états 30/11/2017
Donald Trump a donné le coup d’envoi à la renégociation de l’Aléna en mai 2017. Les propositions qui visent à inclure un chapitre sur l’économie numérique et à conforter les dispositifs actuels de l’accord trouvent un écho plutôt favorable, vingt-trois ans après l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange nord-américain. D’autres, comme le durcissement des règles d’origine et la modification des recours commerciaux, suscitent l’inquiétude.
Rendements des Treasuries : le retour du casse-tête 24/11/2017
La courbe des rendements américains s’est considérablement aplatie cette année. Une telle évolution a souvent été le signe avant-coureur d’un ralentissement économique majeur. Dans le cycle actuel, le signal envoyé par la courbe de taux est probablement moins fiable.
Donald Trump a-t-il de la chance ? 10/11/2017
Elu il y a un an 45e président des Etats-Unis, Donald Trump peut se targuer d’une conjoncture économique flatteuse…à laquelle il est relativement étranger.
Etats-Unis : Faible croissance non inflationniste 27/10/2017
À première vue, l’économie américaine gagne en solidité, avec deux trimestres consécutifs de croissance supérieure à 3% (taux trimestriel annualisé) et un glissement annuel en accélération. Les détails sont moins encourageants, avec une demande intérieure finale qui décélère, tout comme l’inflation sous-jacente (mesurée par le déflateur de la consommation privée) qui se limitait à 1,3% au T3. En résumé, la croissance est plus faible qu’il n’y paraît et l’inflation aussi faible qu’il n’y paraît.
Etats-Unis : une politique monétaire moins favorable aux ratios de liquidité bancaires 25/10/2017
En ce mois d’octobre 2017, la Réserve fédérale américaine (Fed) entame une réduction de la taille de son bilan, en limitant le montant de ses réinvestissements à échéance. Le cadre monétaire pourrait ainsi devenir moins favorable aux ratios de liquidité bâlois à court terme (LCR) des banques américaines. Cette norme impose aux banques de détenir suffisamment d’actifs liquides de haute qualité (HQLA), non utilisés comme garanties, pour faire face aux sorties nettes de trésorerie qu’occasionnerait une grave crise de liquidités d’une durée de 30 jours. La politique d’assouplissement quantitatif (QE) a conduit à un gonflement des réserves des banques commerciales auprès de la Fed - considérées comme les actifs les plus liquides au sens du LCR - mais aussi des dépôts de leur clientèle - lesquels bénéficient, lorsqu’ils sont considérés stables, d’un traitement privilégié dans le cadre du LCR (assortis de faibles taux de fuite théoriques). Toutes choses égales par ailleurs, les réserves en banque centrale (en moyenne 40% des HQLA des six plus grandes banques américaines) vont mécaniquement diminuer avec la réduction du bilan de la Fed. Cela pourrait contraindre les banques à accroître leur détention de Treasuries ou de MBS d’Agences. L’effet net sur les dépôts clientèle est plus incertain. D’autres agents (notamment non bancaires) vont se porter acquéreurs des Treasuries et MBS, réduisant de fait leurs dépôts, tandis que le volume des dépôts créés par la Fed, à l’occasion du réinvestissement des tombées de dette, sera réduit. La croissance des prêts bancaires (canal traditionnel de création des dépôts) compensera en partie ces effets.
Raffermissement quantitatif 19/10/2017
La Réserve fédérale américaine (Fed) entame une cure d’amaigrissement de son bilan, qui devrait être réduit d’un tiers d’ici à la fin de 2020. Si l’inflation n’est pas un problème, le risque d’instabilité financière augmente aux Etats-Unis. Sauf imprévu, le resserrement monétaire se poursuivra. Il pourrait finir par entraîner l’atterrissage du marché des actions, caractérisé par des multiples élevés et une amplification de l’effet de levier. Il aurait aussi pour conséquence une réévaluation du risque attaché à la dette des entreprises, aux Etats-Unis comme dans les pays en développement.
Ne pas surprendre, ne pas heurter 18/10/2017
L’activité conserve un rythme modéré de progression et le chômage recule. Les ouragans ont entraîné des perturbations mensuelles (recul de la production industrielle et des effectifs salariés, rebond artificiel des salaires, poussée du prix des carburants) mais ils ne devraient pas avoir affecté les tendances de fond de l’économie. L’une des principales est l’absence de tensions sur les prix et les salaires, évolutions difficilement réconciliables avec la fermeture de l’output gap. La Fed semble adopter le point de vue relativement consensuel d’une suspension temporaire de la relation qui lie chômage et prix. Elle continue d’anticiper un retour en validité de cette relation mais choisit tout de même la prudence et le gradualisme dans le processus de normalisation de sa politique.
Etats-Unis : Effectifs salariés du secteur non agricole 18/10/2017
Le mois de septembre a mis un terme à 83 mois de hausse ininterrompue de l’emploi aux États-Unis. Si rien n’est incorrect dans cette phrase, elle ne dit pas moins une contre-vérité. Certes, le rapport emploi fait état d’un recul de 33 000 postes des effectifs non agricoles en septembre. Cependant, cette (modeste) baisse est entièrement imputable aux ouragans et au chômage temporaire induit. Entre juin et août, l’économie américaine a créé 172 000 emplois par mois en moyenne. Sur cette base, on en déduit que les ouragans ont pesé à hauteur d’environ 200 000 postes sur les données de l’emploi, postes qui réapparaîtront très probablement en octobre qui pourrait enregistrer un bond notable de l’emploi non agricole, aux alentours de 370 000. Il est très probable, même si cela n’obéit pas à une logique intuitive, que ce rebond s’accompagne d’une décélération des salaires. Et ce pour une bonne raison : les emplois temporairement détruits en septembre l’ont principalement été dans des secteurs peu rémunérateurs et c’est dans ces mêmes secteurs qu’ils réapparaîtront en octobre. En septembre, 111 000 emplois ont été perdus dans les loisirs et l’hôtellerie, où le salaire horaire moyen se limite à USD 13,47, soit 61 % de la moyenne nationale. Il s’en est suivi une hausse artificielle du salaire horaire moyen et une accélération du glissement annuel (de 2,4% en août à 2,5% en septembre), qui sera probablement corrigée en octobre : le glissement annuel pourrait alors revenir à 2,3%. En résumé, il faut s’attendre à des évolutions surprenantes sur le marché du travail aux États-Unis au mois d’octobre.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1676 articles et 433 vidéos