eco TV Week

France : dans l’attente, toujours, du rebond de la consommation des ménages

06/07/2018

Quasi-stagnation de la consommation au premier trimestre, recul marqué du pouvoir d’achat, nouvel effritement de la confiance en juin : les dernières statistiques relatives aux ménages français ne sont pas favorables.

Hélène BAUDCHON

TRANSCRIPT // France : dans l’attente, toujours, du rebond de la consommation des ménages : juillet 2018

Quasi-stagnation de la consommation au premier trimestre, recul marqué du pouvoir d’achat, nouvel effritement de la confiance en juin : les dernières statistiques relatives aux ménages français ne sont pas favorables. Passons en revue les éléments d’explication.

Le recul du pouvoir d’achat est imputable au calendrier particulier des mesures fiscales du budget 2018. Leur impact négatif est double : au travers de l’augmentation des prélèvements (la hausse de la CSG l’emportant sur la diminution des cotisations salariales maladie et chômage) et au travers de l’effet haussier sur l’inflation de l’alourdissement de la fiscalité sur les carburants et le tabac. La bonne nouvelle est que le taux d’épargne des ménages a joué son rôle d’amortisseur, sa baisse évitant celle de la consommation malgré le recul du pouvoir d’achat.

La baisse de la confiance des ménages au premier trimestre, en février plus précisément, est aussi à mettre sur le compte de cet effet fiscalité. On s’attendait ensuite à ce que la confiance des ménages reprenne le chemin de la hausse, à la faveur de l’amélioration de la situation sur le marché du travail. Mais force est de constater que cet effet se fait encore attendre. La moindre confiance des ménages vient de leur jugement plus négatif sur l’évolution passée et future du niveau de vie en France et aussi sur l’opportunité de faire des achats importants. S’est ajoutée, en juin, une forte augmentation des craintes relatives à l’évolution du chômage, inexpliquée à nos yeux.

La hausse de l’inflation est un autre élément défavorable. Ce qui nous amène aux perspectives d’évolution de la consommation. Côté négatif, on trouve donc l’inflation, plus précisément l’inflation énergétique (due à la hausse des prix du pétrole), qui vient directement réduire le pouvoir d’achat. Nous serions moins préoccupés par une hausse de l’inflation sous-jacente qui serait le signe du dynamisme de la croissance et des salaires.

Parmi les points positifs, même si elle n’a pas fait ses preuves autant qu’attendu jusqu’ici, on l’a déjà évoqué, il y a l’amélioration du marché du travail. Et à compter de la fin de l’année, le revenu disponible comme la consommation des ménages devraient aussi trouver un soutien important dans les baisses d’impôts prévues (suppression des cotisations salariales maladie et chômage, et baisse de la taxe d’habitation). En résumé, un rebond de la consommation d’ici la fin de l’année ne fait guère de doute à nos yeux : seule son ampleur pose question.

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

12/11/2018
L’hypothétique retour de l’inflation : le cas de la France 08/11/2018
À un peu plus de 2% sur un an, l’inflation en France est au plus haut depuis début 2012. Elle n’est, pour autant, pas de retour à proprement parler. Il manque pour cela une remontée plus franche de l’inflation sous-jacente. Celle-ci devrait prendre forme mais ne peut être tenue pour acquise.
France : une illustration de l'interdépendance des réformes 05/11/2018
Les Macronomics, appellation regroupant l’ensemble des réformes structurelles et mesures de politique budgétaire mises en œuvre par Emmanuel Macron et son gouvernement, suivent une double logique de « libérer et protéger » les entreprises et les individus afin de stimuler la croissance et l’emploi. Le cœur de l’action passe par un soutien de l’offre, secondé par un soutien de la demande. Ces Macronomics sont menés sur plusieurs fronts simultanément, chaque bloc (marché du travail, entreprises, pouvoir d’achat des ménages, intervention de l’Etat et Grand Plan d’Investissement) interagissant avec les autres dans une interdépendance forte. Certaines de ces réformes sont en vigueur (code du travail, fiscalité), d’autres viennent d’être votées (loi Avenir professionnel, loi PACTE) et d’autres encore sont en cours d’élaboration (réforme de l’Etat, réforme des retraites). Si l’on peut attendre de ces réformes des effets positifs significatifs, ceux-ci se feront sentir sur le long terme.   Pour aller plus loin : Lire l'article d'Hélène Baudchon : France : premier aperçu du budget 2019
France : Estimation de l'écart de production en temps réel 31/10/2018
Positionner l’économie dans son cycle est un exercice nécessaire mais entouré d’incertitudes tenant à la difficulté d’estimer l’écart de production, qui est l’indicateur de référence. La mobilisation de différents indicateurs de tensions issus des enquêtes de l’INSEE (taux d’utilisation des capacités de production et soldes d’opinion relatifs au manque de main-d’œuvre et à l’insuffisance de la demande dans l’industrie, les services et le bâtiment) permet de contourner ces écueils et de construire une mesure directe et en temps réel de l’écart de production et, autre avantage, peu sujette à révision.   Cette approche alternative reproduit bien l’écart de production tel qu’estimé par la Commission européenne, ce qui amène à considérer son évolution récente comme donnant une indication plus juste du degré d’avancement du cycle : en l’occurrence, celui-ci serait plus avancé que ce qu’indique l’écart de production traditionnel. Et la version trimestrielle donne même des signes de plafonnement, qui pourraient être annonciateurs, non pas de la fin du cycle, mais de son possible point haut.
Rebond en vue 19/10/2018
Encore timides il y a un mois et demi, les signes du rebond attendu de la croissance au troisième trimestre sont plus nets aujourd’hui. Hormis la confiance des ménages (qui a surpris à la baisse et se situe en dessous de sa moyenne), les autres indicateurs portant sur le troisième trimestre (climat des affaires, production et consommation) ont surpris favorablement et se situent au-dessus de leur moyenne.
17/10/2018
Croissance soutenue de l'intérieur 17/10/2018
Après un accès de faiblesse marqué au premier semestre 2018, la croissance française devrait reprendre quelques couleurs, en dépit d’un environnement économique mondial moins porteur. Les baisses d’impôts et les revalorisations de minima sociaux programmées pour la fin de l’année devraient soutenir la consommation des ménages. L’impact positif perdurerait en 2019, qui marquerait un ralentissement somme toute limité. D’autres mesures de soutien budgétaire sont prévues, tandis que les premiers effets des réformes du marché du travail et de la loi PACTE pourraient se faire sentir.
Premier aperçu du budget 2019 24/09/2018
Confronté à une croissance moins élevée que prévu, le gouvernement a revu à la hausse le déficit budgétaire pour 2018 et 2019. Il prévoit désormais un déficit d’environ 2,6% du PIB en 2018 et de 2,8% en 2019 (contre, respectivement, 2,3% et 2,4% dans le programme de stabilité d’avril 2018). Le creusement du déficit en 2019 est dû à la bascule du CICE en baisse de charges, dont le coût budgétaire se monte à environ 1 point de PIB. Il masque une amélioration du déficit structurel, qui devrait être de l’ordre de 0,3 point, grâce à un effort sur les dépenses. Les préconisations des experts du « Comité d'action publique 2022 » (Cap 2022) en matière d’économies budgétaires ne sont pas reprises in extenso, mais certaines mesures gouvernementales s’en inspirent. Elles sont, toutefois, distillées au compte-goutte, ce qui ne permet pas de dégager une vision d’ensemble pour le moment.
France : éléments de cadrage du budget 2019 21/09/2018
Confronté à une croissance moins élevée que prévu, le gouvernement français a revu en hausse ses objectifs de déficit budgétaire.
Cycle, conjoncture : où en est l'économie française ? 11/09/2018
Au premier semestre 2018, la croissance française a sensiblement ralenti. En apparence, son rythme trimestriel est même repassé en deçà de la croissance potentielle faisant état d'un infléchissement plus marqué qu'il ne l'est en réalité.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1940 articles et 533 vidéos