eco TV Week

Réforme de la fiscalité américaine : logique et interrogations

10/11/2017

Aux Etats-Unis, le projet de réforme fiscale et de réduction d'impôts qui vise à accroître les profits des entreprises, en stimulant l’investissement et la croissance de la productivité, devrait aussi permettre d'accélérer la hausse des salaires. Derrière la logique, ce projet soulève de nombreuses interrogations.

William DE VIJLDER

TRANSCRIPT // Réforme de la fiscalité américaine : logique et interrogations : novembre 2017

Les Etats-Unis se préparent à une baisse d’impôts. Ne s’agit-il que de bonnes nouvelles ou faut-il être plus nuancé ? Bienvenue dans cette nouvelle édition d’EcoTV Week.

Avec la présentation, la semaine dernière, de leur projet de réforme fiscale (baisse d’impôts et création d’emplois), les députés du parti républicain (et la Maison Blanche) ont enclenché la vitesse supérieure.

Pour l’instant, il s’agit d’un projet et les sénateurs républicains devraient présenter le leur d’ici peu, nécessitant ultérieurement des négociations afin de parvenir à un texte commun.

Le processus risque de prendre plusieurs mois mais ce qui compte, c’est qu’enfin les choses bougent. Ceci n’a pas échappé à l’attention des marchés financiers. La perspective de baisse d’impôts a contribué à une remontée des taux longs et a soutenu le dollar.

Au mois d’octobre, le Conseil des conseillers économiques auprès du président américain a publié plusieurs analyses qui permettent de mieux comprendre la logique qui sous-tend le projet de réforme fiscale et de baisse d’impôts.

Il ne s’agit pas de donner un coup de pouce à l’économie américaine. Elle n’en a d’ailleurs pas besoin puisqu’elle est plus ou moins au plein emploi. L’objectif est plutôt de renforcer le côté « offre » de l’économie: une baisse de l’impôt sur les sociétés devrait stimuler l’investissement des entreprises et, du même coup, la croissance de la productivité. Et ceci permettrait une croissance plus rapide des salaires.

Des simulations sur base de modèles économétriques et une analyse fouillée de la recherche empirique mettent en perspective un impact conséquent sur la trajectoire du PIB et du revenu des ménages. La Tax Foundation, un institut de recherche indépendant basé à Washington, estime un impact favorable à long terme sur le PIB de 3,9%.

Faut-il s’inquiéter de réductions d’impôts de grande ampleur ? C’est possible, pour quatre raisons au moins.

D’abord, les baisses d’impôts pourraient trop stimuler l’économie. Une augmentation de la croissance économique par une relance de l’investissement des entreprises et la création d’emplois pourrait déboucher sur une accélération de l’inflation et forcer la Réserve fédérale à accélérer le rythme de son resserrement monétaire.

Ensuite, une inflation et un resserrement monétaire plus importants déboucheraient sur une hausse des taux longs plus marquée qu’attendu qui pourrait peser sur le sentiment des investisseurs et Wall Street. Cela pourrait également provoquer une hausse du dollar,  ce qui constituerait un vent contraire.

Tout dépend aussi de la transmission de la baisse de l’impôt des sociétés et du rapatriement de bénéfices de l’étranger. Cela donnera-t-il lieu à une hausse nette de l’investissement et de la productivité ? Finira-t-elle par provoquer une nette hausse des salaires ?

Enfin, l’évolution à long terme des finances publiques peut avoir de quoi inquiéter : en cas de croissance limitée, la marge de manœuvre budgétaire face à une nouvelle récession serait réduite.

Cela ne veut pas dire que baisser les impôts soit une mauvaise idée. En revanche, cette liste illustre la complexité d’en évaluer les effets à court et long terme pour l’économie.

Merci d’avoir regardé cette émission. Dès à présent, je vous invite à nous rejoindre à nouveau la semaine prochaine pour une nouvelle édition d’EcoTV Week.

 

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

États-Unis : inquiétudes inflationnistes 16/02/2018
Après les salaires horaires, la hausse des prix à la consommation et à la production a également été plus élevée que prévu. Anticiper la dynamique inflationniste est délicat, d’autant que la courbe de Phillips est devenue moins fiable. Investisseurs et banques centrales accorderont, de ce fait, une attention plus grande aux données récentes plutôt qu’aux relations à long terme.
Etats-Unis: toujours plus fort 16/02/2018
A l’exception des ventes de détail, les indicateurs américains dépassent leur moyenne de long terme.
Longtemps somnolent, le risque s'est réveillé 09/02/2018
Dans le cycle actuel, la hausse de la bourse a accompagné les remontées des taux longs. Dans un environnement de hausse des rendements obligataires, l’envolée de la bourse américaine ces derniers mois a probablement été soutenue par la perspective de réductions des impôts sur les sociétés. Le comportement du marché cette semaine témoigne d’une grande sensibilité aux surprises économiques.
Le dosage des politiques budgétaire et monétaire aux Etats-Unis : paiement différé ? 07/02/2018
La baisse d'impôts devrait doper une économie américaine qui tournait déjà à un régime élevé. Ceci pourrait finir par pousser la Réserve fédérale à durcir le ton, ce qui, avec l'augmentation des besoins de financement du secteur public, risquerait de créer une pression  à la hausse sur les taux longs. Une telle évolution pourrait peser sur la confiance des investisseurs et sur les perspectives de croissance à moyen terme.
Trois regards sur la politique économique américaine 02/02/2018
A court terme, la croissance américaine devrait être particulièrement forte, soutenue par la combinaison d’une baisse d’impôts et d’une politique monétaire toujours accommodante. En outre, l’assouplissement des conditions financières, qui découle de la baisse du dollar et de la hausse de la bourse, devrait également y contribuer. La perspective à long terme est assez différente : la gestion des retournements cycliques sera plus compliquée eu égard au faible potentiel de baisse des taux et à l’érosion de la marge de manœuvre budgétaire qui résulte de la baisse d’impôts aujourd’hui.
Bâle 3 : Vers un périmètre d'application réduit aux Etats-Unis ? 24/01/2018
Le 19 janvier, Randal Quarles, vice-président de la Fed en charge de la supervision, déclarait que le recalibrage de l’exigence de levier figurait parmi les priorités de la Fed et ferait l’objet d’une proposition "très prochainement". Ces propos pourraient annoncer une révision de la méthode de calcul du ratio de levier applicable aux plus grandes banques (Supplementary leverage ratio) ou une réduction de la surcharge de levier pour les banques systémiques. Toutefois, le consensus nécessaire entre régulateurs bancaires (Fed, FDIC et OCC) n’est pas trouvé. Une autre proposition semble, en revanche, faire son chemin au sein du Congrès (projet de loi S2155). Elle autoriserait les établissements de dépôts, dont les actifs consolidés n’excèdent pas USD 10 mds (98% des établissements et 17% des actifs bancaires), convenablement capitalisés au regard de leurs ratios de levier, à s'affranchir des exigences de solvabilité pondérées. Le Congrès confierait aux régulateurs le soin de définir pour ces établissements une nouvelle exigence de levier, rapportant les fonds propres tangibles aux actifs bilanciels moyens, d’au moins 8% mais inférieure ou égale à 10%. D’après les données SNL, une exigence de 8% libérerait 90% des community banks du cadre Bâle 3 (45% avec une norme fixée à 10%).
Pétrole et dettes 24/01/2018
L’économie américaine est portée par l’endettement et le pétrole, une vieille histoire. En 2018, elle devrait croître à un rythme voisin de 3%, ce qui n’arrive plus si souvent. Les baisses d’impôts conséquentes votées par le Congrès la soutiendront à court terme ; mais elles creuseront aussi le déficit fédéral, ce qui pourrait favoriser la remontée des taux d’intérêt. Le resserrement monétaire devrait d’ailleurs se poursuivre, dans la continuité de l’action entreprise par la présidente de la Banque centrale, Janet Yellen, laquelle sera remplacée en février par Jerome Powell.
Etats-Unis, qu’attendre des baisses d’impôts ? 19/01/2018
En 2018, les Etats-Unis s’apprêtent à baisser massivement les impôts et… à creuser leur déficit.
Etats-Unis : tableau mitigé 12/01/2018
La plupart des indicateurs dépassent la moyenne de long terme. Le tableau apparaît toutefois plus mitigé lorsque l'on compare le réalisé et les attentes.
États-Unis : le ratio élevé patrimoine/revenu pointe vers un ralentissement de croissance 12/12/2017
Depuis le début des années 80, on peut observer aux Etats-Unis une relation négative entre le ratio patrimoine/revenu et la croissance du PIB dans les 3 années qui suivent. Le niveau actuel élevé de cet indicateur met en perspective une croissance plus lente dans les années à venir.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1723 articles et 458 vidéos