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Révisions de croissance : toujours plus

09/02/2018

Dans ses prévisions économiques d’hiver, la Commission européenne se montre confiante dans la persistance d’une croissance  forte. L’expansion est partagée et s’autoalimente. Malgré sa baisse récente, le taux de chômage permettra une croissance européenne bien supérieure à son potentiel. Néanmoins, les pénuries de main-d’œuvre, qui se multiplient dans certains secteurs, pourraient finir par la freiner.

William DE VIJLDER

TRANSCRIPT // Révisions de croissance : toujours plus : février 2018

“Une expansion solide et durable”. Le titre du rapport de la Commission européenne sorti cette semaine avec ses nouvelles prévisions ne peut être plus clair.

La conviction des prévisionnistes de Bruxelles est basée sur 4 facteurs :

  1. D’importantes créations d’emplois conduisant à une hausse de la consommation des ménages
  2. Un environnement favorable pour les investissements des entreprises
  3. Une demande extérieure forte
  4. Des conditions financières souples

Au-delà de la réaffirmation de sa confiance dans la robustesse de la croissance, la Commission a également revu à la hausse ses prévisions. Pour l’année en cours, elle table désormais sur une croissance de 2,3% (2,1% précédemment) et pour 2019 sur 2,0% contre 1,9%.

Cette révision s’explique par

  • Un second semestre 2017 meilleur que prévu
  • Ceci crée un effet de base favorable en 2018
  • Les données récentes montrent que la dynamique reste forte

La sous-utilisation des ressources devrait permettre au PIB de croître à un rythme bien supérieur au taux de croissance potentiel (estimé par la Commission à 1,5%).

En revanche, son insistance sur la multiplication de signes de pénurie sur le marché du travail, dans certains secteurs et régions, est très pertinente. Trouver de la main d’œuvre qualifiée est devenu le souci dominant des chefs d’entreprise.

Cette contrainte d’offre devrait finir par provoquer un ralentissement du rythme de recrutement et donc de la croissance de l’emploi, ce qui pèserait sur la croissance du revenu disponible des ménages.

En conséquence, la croissance devrait se modérer quelque peu au cours de 2018 et en 2019.

La liste des incertitudes qui accompagnent les prévisions de la Commission est sans surprise : le Brexit, le protectionnisme, la géopolitique. En revanche, un progrès dans le renforcement de la zone euro pourrait constituer une surprise favorable.

Quant aux risques, elle note un équilibre entre des facteurs favorables (l’auto-alimentation de la croissance) et défavorables (la valorisation élevée de certaines classes d’actifs).

C’est la contrainte d’offre qui constitue le lien entre les deux. La continuation d’une croissance robuste finirait par déclencher une contrainte d’offre sur le marché du travail, qui provoquerait un ralentissement et/ou une accélération de la croissance des salaires et de l’inflation.

On peut dire qu’il y a une certaine ironie dans l’histoire : plus ce déclenchement se fait attendre, plus grande sera la réaction à des surprises désagréables. La forte baisse de Wall Street est là pour nous le rappeler.

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