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Le vrai faux retour de l’inflation

07/09/2018

L’inflation, c’est-à-dire la hausse du niveau général des prix, a nettement accéléré depuis le début de l’année en France, comme dans toute la zone euro. A un peu plus de 2% sur un an en juillet-août elle est au plus haut depuis 2012.

Jean-Luc PROUTAT

TRANSCRIPT // Le vrai faux retour de l’inflation : septembre 2018

Alourdissement de la facture énergétique

L’inflation, c’est-à-dire la hausse du niveau général des prix, a nettement accéléré depuis le début de l’année en France, comme dans toute la zone euro. A un peu plus de 2% sur un an en juillet-août (2,3% en France) elle est au plus haut depuis 2012.

Pour les ménages, notamment les plus modestes, cette poussée des prix est assez mal vécue. Elle touche en effet des dépenses du quotidien difficilement compressibles, comme l’alimentation et, surtout, l’énergie.

Conséquence de la remontée des cours du pétrole, ce poste s’est beaucoup renchéri depuis un an : de près de 10% en zone euro, davantage en France du fait de l’alourdissement de la fiscalité sur les carburants. Il explique l’essentiel (environ 70%) de la remontée de l’inflation.

Cela signifie que, pour malvenu qu’il soit, le mouvement peut être transitoire, les prix de l’énergie étant notoirement volatils. Ils peuvent rester sous pression ou, au contraire, baisser, selon l’évolution des tensions au Moyen-Orient, de la croissance en Chine, de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis…

Pour juger de la stabilité des prix et fixer ses taux d’intérêt, la Banque centrale européenne préfère ainsi passer outre les va-et-vient de la facture énergétique et se concentrer sur l’inflation dite « sous-jacente ».

 

Inertie des prix  sous-jacents

Or celle-ci est plus que sage : depuis plusieurs années, elle s’inscrit sur une pente à 1%, dont elle ne dévie guère. L’inflation sous-jacente est animée par les prix des biens manufacturés, stables voire en baisse, et par ceux des services, qui augmentent peu et incorporent, pour l’essentiel, les salaires.

Ainsi, beaucoup plus qu’aux prix du pétrole, c’est à la hausse des salaires que la Banque centrale s’intéresse. Et le fait est qu’en zone euro, celle-ci a tendance à accélérer avec le recul du chômage et la résorption du sous-emploi, dans un schéma connu sous le vocable de courbe de Phillips (du nom de l’économiste l’ayant, pour la première fois, mise en évidence).

Mais le rebond est modeste, notamment si on le relie aux gains de productivité, qui ont aussi tendance à se redresser. Cela suggère qu’en zone euro, comme dans la plupart des économies avancées, ladite courbe de Phillips se serait aplatie : à tension équivalente sur le marché du travail, la réactivité des salaires et, in fine, celle des prix seraient moindres.

La principale explication donnée à ce phénomène est que le pouvoir de négociation des salariés se serait érodé avec le temps, du fait du recul de leur représentativité.

Il y a d’abord les conséquences du vieillissement. En 2018, en France, les actifs sont deux fois moins nombreux que les retraités que trente ans auparavant. Il existe aussi des causes institutionnelles, comme la désindexation progressive des salaires ou le recul du taux de syndicalisation, un phénomène commun à tous les pays avancés.

Enfin, avec la mondialisation, la nature même des emplois ainsi que le degré de protection qui s’y attache ont évolué. De nouvelles formes de contrats, plus flexibles, se sont développées, y compris jusqu’à très récemment. En France, Italie et Espagne, trois emplois sur quatre créés depuis 2013 sont à durée déterminée.

 

Faiblesse des taux d’intérêt

La conclusion est qu’au-delà des tensions induites par les prix du pétrole, la mécanique inflationniste paraît loin de vouloir s’emballer, en France comme dans l’ensemble de la zone euro. La courroie d’entrainement salaires-prix ne fonctionne plus comme avant; la courbe de Phillips s’est, sans doute, aplatie.

Pour la Banque centrale, qui vise un objectif d’inflation à 2% autre que transitoire, il y a très peu d’incitation, même encore aujourd’hui, à remonter les taux d’intérêt.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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